CHAPITRE 2 : UN NOUVEAU PROGRAMME IMPÉRIALISTE EN VUE DE DOMINER LA NATION CUBAINE ET DE LA RECOLONISER
Un des exemples les plus frappants de la façon dont l’administration Bush renforce sa politique d’hostilité, de blocus et d’agression contre le peuple cubain et contre son droit à l’autodétermination est l’aval donné par son président aux dispositions contenues dans le Rapport que la Commission d’aide à Cuba libre lui a soumis, le 6 mai 2004, et la rapidité avec lesquelles elles sont mises en œuvre.
Ce Rapport présente une vaste panoplie de mesures agressives destinées à détruire l’ordre constitutionnel que le peuple cubain a érigé et entériné de sa propre volonté, et ce en vue de restaurer la domination imposée à la nation cubain pendant plus de cinquante ans après que les troupes états-uniennes eurent occupé l’île en 1898 et imposé un régime néocolonial au terme de la première guerre impérialiste de l’histoire.
La Commission d’aide à Cuba libre fut instituée par le locataire actuel de la Maison-Blanche en vue de hâter ce qu’elle appelle le « changement de régime » sur l’île. On savait d’avance, bien entendu, même avant de connaître le contenu de ce Rapport, qu’il serait foncièrement anti-cubain, profondément annexionniste et brutal dans les méthodes qu’il prônerait.
Plusieurs faits permettaient de le supposer. D’abord, la composition de cette Commission. Plusieurs individus des milieux les plus réactionnaires des Etats-Unis, de ceux qui prônent justement la liquidation de la Révolution cubaine par tous les moyens, dont l’intervention militaire, firent partie de ce groupe sélect, ainsi que différents membres les plus réactionnaires, les plus revanchards et les plus annexionnistes de la mafia terroriste d’origine cubaine enkystée à Miami.
Ensuite, le mandat confié à cette Commission ne faisait pas l’ombre d’un doute : elle devait dégager les moyens d’accélérer ou de précipiter dans les meilleurs délais la « transition à la démocratie » à Cuba, celle-ci étant entendue comme la destruction du système politique, économique et social mis en place par le peuple cubain et son remplacement par celui que Washington a dessiné dans ses moindres détails.
Enfin, mais ce n’est pas le moins important, la conduite extrêmement agressive du président Bush en politique extérieure et ses actions permanentes contre Cuba depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Frustré dans ses aspirations à être le premier président états-unien à visiter l’île après la défait de la Révolution, Bush, en pleine année électorale et en guise de preuve de son entêtement à promouvoir le « changement de régime », surenchérit sur les autres administrations en matière d’hostilité et d’agressions contre la Révolution cubaine et mit en place un programme permettant de systématiser l’ensemble des politiques, des mesures et des actions décidées par ses prédécesseurs et de lancer de nouvelles initiatives destinées à faire plier le peuple cubain et à renverser son gouvernement au plus tôt.
Un principe clef du programme anti-cubain réclamé par Bush est que les propositions de grandes lignes d’action incluent des actions concrètes permettant à son administration de contrôler le cours des événements une fois le « changement de régime » obtenu.
Jamais aucune administration états-unienne n’avait fait montre d’une telle brutalité et d’une telle carence de scrupules dans son politique anti-cubaine. Pour atteindre les objectifs fixés par Bush, la Commission n’hésita pas à recommander la transgression de droits aussi élémentaires que le respect des liens familiaux.
Le rapport de la Commission d’aide à Cuba libre, qui compte quatre cent cinquante pages, comprend un vaste programme qui vise précisément le contraire de ce que son titre prétend : il s’agit bel et bien de fouler aux pieds la liberté et l’indépendance des Cubains et à faire de l’île une possession des Etats-Unis.
Il propose une intensification tous azimuts de l’agression -contre Cuba en vue de la déstabiliser sur le plan interne et de jeter les conditions servant de prétexte à une intervention militaire directe. Il recommande aussi des axes de politique pour discréditer et clouer la Révolution au pilori, en vue de neutraliser l’action solidaire des peuples, des intellectuels honnêtes et de toutes les personnes décentes et justes qui admirent, respectent et soutiennent la résistance du peuple cubain.
Ce document signale comme tâches stratégiques pour renverser le gouvernement cubain : soutenir plus intensément le recrutement, l’organisation et le financement de la contre-révolution interne ; promouvoir des campagnes politiques et diplomatiques dans différentes tribunes internationales ; renforcer la guerre d’intoxication médiatique ; financer des acteurs internationaux pour en obtenir le soutien : gouvernements alliés et subordonnés, prétendues « organisations non gouvernementales », « usines à penser » et institutions « savantes » alignées idéologiquement sur Washington ou financées par lui ; « intellectuels » louant leur talent et vendant leurs « principes » au plus offrant, et plusieurs autres de même acabit ; adopter de nouvelles mesures pour renforcer le blocus et la guerre économique ; miner les prétendus « plans de succession du régime » en concevant les modalités et les étapes du « changement » et en décrivant par le menu les conditions que devra remplir le gouvernement fantoche imposé à l’île.
L’irrationalité et l’illégitimité des motivations et des agissements de cette Commission sautent aux yeux quand on constate que nombre de ses recommandations violent non seulement les principes et les normes essentielles du droit internationale, mais encore des normes, des règlements et des lois des Etats-Unis.
Dans son Premier Chapitre, ce rapport recommande d’allouer 59 millions de dollars dans les deux prochaines années – des fonds venant s’ajouter à ceux déjà dégagés – afin de financer des actions visant à liquider la Révolution, ventilés comme suit :
18 000 000 de dollars pour financer de nouvelles formes de transmission de la radio et de la télévision subversives, si mal baptisées Martí, grâce à l’installation immédiate d’une plate-forme de transmissions recourant à un avion C-130 (commando SOLO) qui effectuerait des transmissions hebdomadaires, avec dégagement de fonds afin d’acheter et de maintenir une plate-forme de transmission aérienne qui transmettrait en permanence les programmes anti-cubains de l’Agence d’information des Etats-Unis.
7 000 000 millions de dollars au programme subversif de l’US/AID contre Cuba aux termes de la section 109 de la loi Helms-Burton.
5 000 000 de dollars à des activités de soutien aux mercenaires au service de la politique des Etats-Unis dans l’île.
5 000 000 de dollars à des programmes destinés à promouvoir des actions subversives d’infiltration et de manipulation d’organisations actives en matière de droits de la femme.
4 000 000 de dollars à des programmes destinés à favoriser le recrutement de mercenaires des Etats-Unis parmi les Cubains noirs et métis (descendants d’Africains).
4 000 000 de dollars en vue de recruter parmi la jeunesse des mercenaires favorable à la politique des Etats-Unis.
3 000 000 de dollars destinés au financement de programmes anti-cubains de la part de prétendues ONG dans le monde.
3 000 000 de dollars destinés au soutien logistique des mercenaires émargeant à la Section des intérêts des Etats-Unis à La Havane.
2 000 000 de dollars pour promouvoir l’insertion de groupes de mercenaires de la politique des Etats-Unis dans des associations ou des organisations internationales en vue de leur offrir une certaine « légitimité » et « crédibilité ».
3 000 000 de dollars à des programmes destinés au recrutement et au financement de mercenaires camouflant leurs activités sous de prétendues activités syndicales et à la promotion de « contacts internationaux ».
5 000 000 de dollars en vue de financer des activités anti-cubaines de « diplomatie publique », entre autres des conférences et séminaires internationaux, ainsi que des campagnes de désinformation médiatiques.
Le Premier Chapitre de ce document suggère en plus un groupe de nouvelles mesures visant à renforcer les retombées du blocus génocide contre le peuple cubain et à interdire les échanges déjà fort limités existant entre les deux peuples.
On trouvera ci-dessous quelques-unes de ces mesures irrationnelles, voire, dans certains cas, inhumaines:
Limiter les envois de fonds et de colis aux parents directs des Cubains vivant aux Etats-Unis, autrement dit grands-parents, parents, petits-enfants, frères et sœurs, conjoints et enfants.
Interdire aux Cubains vivant aux Etats-Unis d’envoyer des fonds et des colis à leurs parents de l’île si ceux-ci sont fonctionnaires publics ou membres du parti communiste.
Réduire les visites à Cuba des Cubains vivant aux Etats-Unis à un voyage tous les trois ans, au lieu d’un par an, chaque voyage devant faire l’objet d’une autorisation spécifique, au lieu de l’autorisation générale valable jusqu’à ce jour.
Restreindre les autorisations de voyage à Cuba à la visite des « parents immédiats » (grands-parents, petits-enfants, parents, frères et sœurs, conjoints et enfants), toute visite et tout envoi d’aide aux cousins, oncles et autres parents proches étant interdits.
Droit de voyage à Cuba que trois ans après l’arrivée aux Etats-Unis.
Réduire la quantité d’argent que les Cubains des Etats-Unis peuvent dépenser lors de leur visite à Cuba, de 164 dollars par jour à 50.
Ordonner aux autorités états-uniennes de faire des « opérations secrètes » pour empêcher toute violation des dispositions susmentionnées. Remettre des « récompenses » à ceux qui dénoncent ces violations.
Continuer de restreindre la délivrance d’autorisation de voyages éducationnels et d’échanges savants aux nationaux et institutions des Etats-Unis, en renforçant les réglementations déjà rigides existantes.
Redoubler d’efforts pour impliquer des gouvernements étrangers dans les campagnes contre la Révolution cubaine.
Promouvoir des actions dans des pays étrangers pour décourager le tourisme vers Cuba.
Les mesures annoncées violent les droits fondamentaux de tous les Cubains, constituent une ingérence inadmissible dans les rapports familiaux et dans la vie privée des gens et font des Cubains vivant aux Etats-Unis une classe inférieure, discriminée d’une manière injuste et cruelle.
Ces nouvelles restrictions contre le peuple cubain et les familles vivant aux Etats-Unis sont illégales, contredisent des principes essentiels consacrés dans la Constitution du pays ainsi que l’esprit et la lettre de nombreuses décisions du Congrès, violent aussi le neuvième amendement de la Constitution qui stipule clairement : « L'énumération de certains droits dans la Constitution ne pourra être interprétée comme déniant ou restreignant d'autres droits conservés par le peuple. » Autrement dit, ce n’est pas parce que ces droits n’apparaissent pas dans la Constitution qu’ils peuvent être violés.
Pour pouvoir contrôler et appliquer rigoureusement les mesures de son Rapport, la Commission a recommandé de créer le poste de « coordinateur de la transition à Cuba » au sein du département d’Etat, ce qui rappelle la fonction de proconsul que jouaient les représentants de Washington à Cuba dans la première moitié du XXe siècle. La nomination de « ce proconsul » se rendit officielle le 28 juillet 2005, quand la secrétaire d’Etat nord-américaine, et actuelle présidente de la baptisé « Commission d’aide à un Cuba libre » - euphémisme utilisé pour qualifier l’entité établie dans l’objectif d’imposer l’annexion de Cuba aux Etats-Unis – annonça la désignation de Caleb McCarry pour ce « poste », étant cet individu un serveur fidèle des cercles de pouvoirs conformant l’administration Bush, et lequel a toujours entretenu des rapports très proches et étroites avec l’extrême droite d’origine cubaine et la maffia terroriste et anti-cubaine de miami.
Les cinq autres chapitres du Rapport abordent les mesures que le gouvernement états-unien imposerait à Cuba – au cas où il parviendrait à y liquider la Révolution – dans le cadre d’un plan extrêmement fouillé de restructuration politique, juridique, économique et sociale de l’île en fonction de la vision et des prétentions de Washington.
Chaque chapitre mérite une analyse séparée, car il dénude l’objectif final des Etats-Unis envers Cuba : priver le peuple cubain de sa souveraineté et de son droit à l’autodétermination.
Le chapitre 2 aborde certaines des mesures que l’administration états-unienne adopterait, une fois assumé le contrôle d’une île occupée, dans des domaines comme la santé publique, l’éducation, le logement et autres services de base. Il y est affirmé sans ambages que des transformations profondes et radicales élimineraient tous les symptôme de « communisme castriste » - terme utilisé pour qualifier les garanties actuelles d’assistance et de sécurité sociales pour tous, les subventions à la consommation sociale, les garanties d’accès gratuit et généralisé à des services d’éducation et de santé de haut niveau – pour y substituer les « valeurs et les pratiques du libre-échange », à l’image de ce qu’il se passe aux Etats-Unis où, bien qu’il s’agisse du pays le plus riche du monde, plus de quarante millions de personnes n’ont donc pas d’assurance-maladie.
Durant cette « transition », les occupants démantèleraient les systèmes de services essentiels dont bénéficient tous les Cubains et implanteraient des mécanismes respectueux des exigences néo-libérales qui entraînent, comme l’expérience le prouve, l’exclusion et la marginalisation des secteurs sociaux aux moindres ressources. Le Rapport laisse entendre que les livres de texte actuels seraient envoyés au pilon, ainsi que d’autres instruments pédagogiques et didactiques qualifiés de « profondément politisés », indépendamment de la qualité intrinsèque de leur teneur. Le déluge de bombes « intelligentes » et les fleuves de sang et de larmes versés par le peuple cubain – selon les prémisses des cerveaux malades de l’Empire qui cherchent à étendre leur domination à toute la planète – « déblaieraient » le chemin de la « liberté » et de la « connaissance ». On dépoussièrerait les livres de texte utilisés comme instruments de domination néo-coloniale pendant presque de cinquante ans, qui tentaient de faire croire aux enfants cubains, entre autres choses, que les troupes états-uniennes durent intervenir de manière désintéressée à la fin du XIXe siècle pour libérer Cuba du colonialisme espagnol et mettre fin à l’effusion de sang, étant donné que les insurgés cubains étaient incapables par eux-mêmes d’assurer l’indépendance de leur patrie.
Le Rapport de la Commission annonce la suppression du système national de sécurité et d’assistance sociales – à couverture universelle – et la privatisation des services de santé et d’éducation qui cesseraient d’être gratuits et accessibles à tous. Il prévoit la réouverture d’écoles pour les élites, l’essor de l’enseignement privé à tous les niveaux et la fin de la gratuité de l’éducation publique.
Les programmes en cours pour universaliser l’enseignement supérieur ou les aides spéciales concédées à des jeunes issus de familles aux revenus les plus bas afin qu’ils poursuivent leurs études seraient éliminés d’un trait de plume.
Le Rapport recommande, « avant la transition », la mise en place d’un Comité chargé de l’intervention et de l’aide gouvernementale et internationale et constitué d’agences de l’administration, qui dirigerait les transformations dans le secteur social et appellerait des organisations internationales comme l’Organisation des Etats américains (OEA) à le seconder.
Pour montrer jusqu’où va l’ingérence et l’idiotie de l’administration, disons simplement qu’elle disqualifie comme éventuel interlocuteur social le Conseil national des Eglises, taxé d’ « instrument de contrôle gouvernemental sur les Eglises protestantes » et demande le renforcement du leadership de l’Eglise catholique.
Dans ce Rapport endossé par l’administration Bush le 6 mai 2004, la mafia terroriste anti-cubaine de Miami se voit accorder le rôle de garante des intérêts impériaux de Washington dans le régime de domination néo-coloniale qui serait imposé à l’île. Des figures de cette mafia seraient placés à la tête du gouvernement fantoche, afin donner l’impression d’une administration « authentique ».
Cette mafia terroriste d’origine cubaine serait invitée à créer une « Fondation pour l’aide à Cuba libre » qui ne ferait rien d’autre que concilier et promouvoir les intérêts des secteurs les plus rétrogrades, les plus agressifs et les plus annexionnistes du lobby anti-cubain aux Etats-Unis.
Le Rapport promet une vraie chasse aux sorcières, car il s’agit d’un projet revanchard bourré jusqu’à la gueule de la haine et du ressentiment qu’elle a accumulés durant plus de quarante-cinq ans où le peuple cubain a fait pièce à toutes ses tentatives de détruire sa Révolution. L’administration Bush, foncièrement cynique et hypocrite, camoufle l’offensive contre-révolutionnaires qu’elle pense mener une fois Cuba envahie militairement derrière des euphémismes comme « justice et réconciliation » ou « assainissement social ».
Voulant nier l’évidence aveuglante, elle annonce dans le Rapport de sa Commission une campagne de vaccination contre les principales maladies chez les enfants de moins de cinq ans, comme si un pays qui immunise gratuitement absolument tous ses enfants contre treize maladies grâce à dix vaccins, dont sept sont de production nationale, avaient besoin d’un plan pareil !
Le chapitre 3 parle de la façon dont seront démontées les institutions qui garantissent au peuple cubain l’exercice de son pouvoir et désactivées les nombreuses organisations sur lesquelles repose la participation pleine de chaque citoyen à une société civile aux profondes racines populaires et aux valeurs patriotiques et solidaires élevées.
Pas question, en tout cas, d’un vide de pouvoir. La Commission, comme elle le fait tout au long de son Rapport, présente de grandes lignes précises pour régir l’instauration d’un nouveau système politique, juridique et institutionnel, sans oublier, bien entendu, les institutions armées qui seraient chargées de réprimer les manifestations de mécontentement populaire et de défendre les intérêts des Etats-Unis et de la mafia terroriste de Miami.
Ce serait le département d’Etat lui-même qui se chargerait d’organiser, d’entraîner et de diriger une « nouvelle police » avec le concours des départements de la Justice, du Trésor et du tout nouveau de la Sécurité intérieure.
La Commission envisage des procès massifs contre des fonctionnaires du gouvernement, des dirigeants du Parti communiste, des officiers des Forces armées révolutionnaires et du ministère de l’Intérieur, des dirigeants des organisations de masse et des organisations sociales, et de tous les citoyens qui auraient soutenu activement la Révolution, dont les dirigeants des Comités de défense de la Révolution.
Le gouvernement d’occupation suspendrait la Constitution, qui a été entérinée par plus de 95 p. 100 des Cubains.
Le gouvernement d’occupation modifierait et restructurerait le système légal, les procédures civiles et criminelles, les lois et les programmes d’études des facultés de droit.
II pousserait à la création de partis politiques à la vieille mode, des syndicats marrons alignés sur les intérêts des transnationales états-uniennes et des affaires troubles de la mafia anti-cubaine de Miami, et des institutions devant servir de pilier à une caricature de république dans le style de celle que le peuple cubain a balayée à la suite de profondes transformations révolutionnaires.
Le Rapport propose la révision des lois sur le travail et la modification de la structure et du fonctionnement du ministère du Travail alors que notre pays peut se vanter d’être l’un des extrêmement rares au monde à avoir atteint le plein-emploi.
Pis encore, bien que les Etats-Unis aient un des systèmes électoraux les plus controversés au monde par sa carence de transparence et de fiabilité, et sa subordination quasi-totale à la richesse et au pouvoir – ce qui explique le spectre de la fraude qui pèse sur l’entrée à la Maison-Blanche de son locataire actuel – la Commission demande à cette administration de « créer » un nouveau système électoral et des partis politiques dans une Cuba occupée et d’en « suivre » le fonctionnement.
Les élections « démocratiques » dans une Cuba rasée par les bombes et soumise aux pratiques de tortures sophistiquées dont sont friandes les troupes états-uniennes seraient « légitimées » par des missions d’observateurs dépêchées par les Etats-Unis avec le concours de l’OEA que Cuba qualifia en son temps à juste titre comme leur « ministère des Colonies ».
Le chapitre 4 prescrit, une fois renversé le gouvernement révolutionnaire, la privatisation accélérée de toute l’économie cubaine, la soumission des politiques économiques et financières aux diktats des institutions financières internationales, donc aux Etats-Unis, et la mise en place d’une « économie de marché » qui s’ajuste strictement aux canons de la doctrine néo-libérale qui a eu de si funestes conséquences pour les grandes majorités d’Amérique latine et de nombreuses pays du tiers monde.
La commission exige la restitution des biens nationalisés par la Révolution aux transnationales états-uniennes et aux représentants de l’ancienne oligarchie cubaine aux sentiments foncièrement antinationaux et dont la plupart ont acquis la nationalité états-unienne. Il vaut la peine de rappeler qu’une part importante des principaux propriétaires cubains se composait de sbires et de tortionnaires de la tyrannie batistienne, des politicards corrompus membres de gouvernements bradeurs, de voleur et pillards du trésor public et du patrimoine national, et de gens sans scrupules qui s’enrichissaient sur la souffrance, la faim et l’ignorance du peuple cubain.
La commission présente la « restitution des biens » aux anciens exploiteurs comme la pièce clef de la reconversion économique et comme la baguette magique devant assurer la croissance soutenue du pays. Elle se garde bien de dire, évidemment, que ce sont ces mêmes propriétaires qui avaient plongé le pays dans une profonde crise structurelle et qui ne furent capables que de garantir la pauvreté et l’humiliation à la grande majorité des Cubains.
La commission prête une attention spéciale aux modalités de « restitution des biens » dans les secteurs agricole, commercial et résidentiel. Elle propose la création d’une commission de l’administration états-unienne chargée de la garantir : elle adopterait les décisions pertinentes et imposeraient le cas échéant les mesures de force nécessaires à leur application. De toute évidence, il faudrait recourir à la violence pour déloger les paysans que la Révolution a convertis en propriétaires ou pour réimposer des loyers élevés aux 85 p. 100 des familles cubaines qui, grâce aux mesures révolutionnaires, sont maintenant propriétaires de leur logement.
Ceux qui prétendent, depuis Washington et Miami, faire reculer le peuple cubain à un passé d’expulsions, de mises à la rue et de spoliations systématiques se leurrent : pour y arriver, ils devront faire face à la lutte de résistance de millions de Cubains qui verseront jusqu’à la dernière goutte de leur sang.
La Commission propose aussi que l’administration états-unienne mette en place, pour faciliter la gestion d’une Cuba occupée depuis Washington, une Commission de redressement économique formée de représentants des départements d’Etat, du Trésor, du Commerce, de la Justice, de l’Agriculture et du Logement, ainsi que de l’ USAID.
Les recettes néo-libérales que les proconsuls appliqueraient à Cuba impliqueraient le démantèlement de la politique fiscale et monétaire en place qui vise une redistribution équitable des revenus et la promotion du développement du pays ; la suppression du contrôle des prix et de subventions aux produits de consommation de première nécessité, dont les services de distribution d’électricité et d’eau ; l’élimination des coopératives et la saisie de leur patrimoine ; la redéfinition des priorités des dépenses du budget national ; la révision et l’élimination éventuelle des nombreux programmes sociaux qui ont situé Cuba à l’avant-garde du tiers monde pour ses résultats dans ce domaine.
Dans le droit fil de la politique impérialiste états-unienne, autrement dit celle de la carotte et du bâton, opportuniste et mensongère, la Commission exprime sa « confiance » que l’administration mobilisera les ressources nécessaires pour soutenir la privatisation et la reconversion économique de l’île, en vue de quoi elle devrait tenter de « partager » les coûts avec d’autres pays en attirant la communauté internationale de donateurs.
Afin de garantir que le commerce entre les Etats-Unis et Cuba et les investissements éventuels répondent à l’attente et étanchent la soif de richesses des principaux groupes économiques états-uniens et des secteurs dominants de la mafia anti-cubaine de Miami au détriment des intérêts les plus vrais du peuple cubain, la Commission propose aussi de créer une Commission conjointe Etats-Unis-Cuba relative au commerce et à l’investissement qui sera dirigée, bien entendu, depuis Washington
Cuba serait conduite à se soumettre au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale, à la Banque interaméricaine de développement et à l’OEA, et restera engluée dans une toile d’araignée tissée de conditions et de diktats qui liquiderait tout vestige de souveraineté, si tant qu’il puisse en rester dans un pays occupé et soumis à la domination de l’Empire.
Le Chapitre 5 détaille et amplifie les modalités de gestion et de privatisation des secteurs économiques stratégiques et de l’infrastructure productive du pays. Il réaffirme les conceptions, les grandes lignes et le discours des chapitres précédents, afin qu’il ne reste aucun doute quant à la conception de la recolonisation prévue.
L’administration Bush prévoit quatre grandes lignes d’action : la privatisation de tous les services publics ; l’intervention de l’économie cubaine par les institutions financières internationales ; la reconversion technologique de l’industrie et des services afin de contraindre à l’achat d’équipements états-uniens ; l’intervention et les « conseils » des Etats-Unis dans toutes les branches de l’économie cubaine.
La convoitise du pouvoir impérial absorberait tout : aviation, aéroports, opérations maritimes, chemins de fer, routes, usines de production et distribution de l’énergie, mines, télécommunications, ressources hydrauliques et de nombreux autres secteurs.
Mais n’allons pas croire que la « reconversion » se fera à partir de fonds alloués sous forme de dons : non, Cuba devrait s’endetter, demander des crédits pour acheter des produits des Etats-Unis et assurer des garanties aux investissements états-uniens. Ensuite, les cerbères financiers au service des centres de pouvoir mondiaux – les institutions de Bretton Woods – se chargeraient de tenir le pays au collet, transformant l’économie cubaine en simple enclave du capital transnational et en annexe de l’Empire.
Des conseils états-uniens engagés pour deux ans au minimum – ceux-là, oui, bénéficieront de facilités et de protection de l’emploi ! – superviseraient et garantiraient l’états-unisation des ministères et institutions de Cuba.
Selon ce Rapport, des sociétés états-uniennes seraient engagée « à titre exceptionnel » pour faire fonctionner tous les services mentionnés. La « Commission d’aide à une Cuba libre » serait-elle si pauvre d’idées qu’elle doive se borner à plagier les mécanismes conçus pour la « reconstruction » de l’Irak occupé ? Ou bien serait-ce que l’agression contre l’Irak et l’occupation de ce pays représentent le ballon d’essai du modèle de conquête que l’Empire envisage pour étendre et consolider sa domination à l’échelle mondiale ?
Le rapport de la Commission suggère aussi que des sociétés et des institutions états-uniennes planifient et dirigent les activités de construction, de maintenance et de fonctionnement de routes, de pontes, d’installations portuaires, de chemins de fer et d’aéroports, et la signature d’une accord « ciel ouvert » qui ruinerait la compagnie aérienne cubaine.
Les grandes transnationales mettraient la main sur l’extraction et le raffinage de pétrole et de gaz, et sur les droits de prospection et d’exploitation d’éventuels gisements pétrolifères sur la plate-forme marine cubaine, liquidant définitivement l’indépendance du pays en matière énergétique. Les Etats-Unis s’assureraient ainsi le contrôle exclusif de toute réserve énergétique importante sur cette plate-forme.
Des experts états-uniens rédigeaient aussi le texte d’une nouvelle loi en matière de télécommunications et imposeraient la signature de nouveaux accords bilatéraux en vue de l’exploitation du spectre radioélectrique. Le caractère public de la radio et de la télévision serait annulé – et partant leur utilisation à des fins éducatives, culturelles, et de distraction saine – ce qui ouvrait la porte à la pénétration sans contrôle de l’industrie de « distraction » états-unienne dont on connaît les valeurs idéologiques et les effets négatifs en terme d’acculturation, d’hymne à la violence, d’élévation au pinacle de l’individu et de promotion des valeurs injustes en place dans cette société ploutocratique.
Le chapitre 6 s’attache à disqualifier les politiques environnementales en vigueur à Cuba et reconnues à l’échelle internationale.
Le gouvernement qui a refusé de signer le Protocole de Kyoto et la Convention sur la diversité biologique, et qui a cessé d’interdire l’exploitation du pétrole des réserves naturelles de l’Alaska, s’arroge cyniquement le droit d’ignorer les lois, les politiques et les programmes en vigueur à Cuba et qui prouvent l’existence d’une profonde culture et d’une volonté résolue de protection de l’environnement. Cuba respecte strictement et applique sérieusement les vingt-six conventions, traités et protocoles internationaux relatifs à l’environnement qu’elle a ratifiés, ce qui la place à l’avant-garde dans le monde dans ce domaine.
Le Rapport propose l’intervention en imposant les politiques de gestion environnementale conçues à Washington ; en modifiant le corpus de lois dans ce domaine ; en assurant la formation par des agences états-uniennes des personnels qui auront des responsabilités clefs aux échelons national et local, aussi bien au gouvernement et dans l’industrie que dans les milieux universitaires et de recherche.
Les visées de mainmise sur les ressources maritimes et halieutiques cubains, ainsi que de gestion et d’exploitation de la biodiversité des parcs naturels de l’île sont exprimées sans trop de subtilité.
En matière d’approvisionnement en eau potable et de traitement, les livraisons d’équipements et de réactifs chimiques seraient confiées, en guise de marché captif, aux seules sociétés états-uniennes.
Application des mesures du Rapport de la « Commission d’aide à Cuba libre »
Si cette élucubration annexionniste s’appliquait un jour dans sa totalité, le résultat en serait la liquidation de la nation cubaine sous prétexte de « promotion des libertés et de la démocratie ».
L’application d’une bonne partie de ce Rapport exige la liquidation de la Révolution et de la résistance que le peuple cubain opposera à l’agresseur.
En revanche, certaines mesures importantes et graves peuvent être exécutées sans occupation militaire et de fait sont en cours d’application accélérée.
Par exemple, la majorité des recommandations établies dans le Chapitre premier, (plus de 8 p. 100) ont été mises en application, surtout celles relatives à la recrudescence du blocus, la promotion de la subversion interne et l’intensification des campagnes internationales contre Cuba, comme une preuve irréfutable de la politique d’affrontement ouvert et d’agressivité sans bornes contre Cuba, décidée par l’Administration Bush.
Ainsi, le 14 octobre 2004, Daniel Fisk, sous-secrétaire d’Etat adjoint aux questions interaméricaines, a fait savoir que cent cinquante jours après la présentation du Rapport, l’administration avait dégagé 14,4 millions de plus (des 29 millions prévus comme aide supplémentaire) pour soutenir l’ « essor de la société civile » à Cuba – autrement dit pour recruter et financer des mercenaires – et transféré 6 000 000 de dollars à l’US/AID pour que celle-ci élargisse notablement son travail auprès des « groupes de la société civile ».
Selon Risk, l’administration aurait aussi alloué les 8,4 millions restants à des « partenaires » internationaux – autrement dit des gouvernements, des organisations et des « personnalités » qui vendent leur complicité au plus offrant – en vue, prétendument, de promouvoir une plus grande « participation internationale » à l’aide aux « activistes de la société civile » grâce à une meilleure utilisation des « idées » des « activistes démocratiques » du monde.
Toujours selon Fisk, l’administration a simplifié les conditions antérieures de soutien et d’approvisionnement logistique aux mercenaires de l’île, qu’il a de nouveau qualifiés de « groupes de la société civile cubaine », les livraisons de moyens ayant déjà commencé.
Par ailleurs Fisk soutint à fond la création – avec l’argent et sur instructions de Washington – du dit Comité international pour la démocratie cubaine, présidé par un fidèle salarié des Etats-Unis et ancien président tchèque, Vaclav Havel.
Fisk signala aussi que les nouvelles restrictions imposées à compter du 30 juin 2004 aux voyages et aux envois de fonds et de colis auraient privé le gouvernement cubain, jusqu’au 10 octobre, de cent millions de dollars et qu’en un an ce total se monterait à 375 millions, donc la réduction de tous les envois de fonds devant se chiffrer à plus de 500 millions de dollars.
Insatisfaits avec cette élucubration de Rapport, présenté en mai 2004, dans son propos frustré et aveugle de détruire la Révolution et de s’emparer à nouveau de Cuba, Washington annonça la présentation de un deuxième rapport endurcissant encore davantage la politique vers l’île. Le 19 décembre 20095, la secrétaire d’Etat nord-américaine, Condolezza Rice, présida une réunion de la dénommée « Commission d’aide à Cuba libre » avec l’objectif d’identifier de nouvelles mesures permettant d’accélérer le « changement de régime » à l’île.
Rice déclara publiquement qu’en mai 2006, la Commission préparera un deuxième rapport au président Bush « avec des recommandations actualisées pour accélérer la démocratie et un plan stratégique inter agences aidant la transition dirigées par les Cubains » Celui-ci est le langage typique utilisé par les autorités de Washington pour décrire de manière cynique ses prétentions de détruire l’ordre constitutionnel décidé par les Cubains.
Selon les médias, parmi les participants à ladite réunion se trouvaient les secrétaires du Logement, du Commerce, de la Sécurité interne et du Trésor, ainsi que l’Assistant du président pour les Affaires de la Sécurité nationale et l’administrateur de l’USAID, tous eux membres de cette Commission. Le représentant anti-cubain au Congrès, Lincoln Diaz-Balart, qualifia de « très positive » cette décision et la congressiste anti-cubaine, Ileana Ros-Lehtinen, signala que « cette Commissions pourrait chercher des voies pour générer un soutient international à la dissidence opposée au leader cubain Fidel Castro ».
Bref, l’escalade de l’administration Bush en matière d’hostilité, de blocus et d’agression – telle que la prône le Rapport de la Commission d’aide à une Cuba libre – non seulement est en marche accélérée, mais son endurcissement est déjà projeté par Washington. Il sera mis en application au moyen de mesures nouvelles et dangereuses, dirigées à accélérer le processus de recolonisation de Cuba et à soumettre son peuple à l’humiliation et au désespoir qu’il a déjà vécu avant le 1er janvier 1959. Les menaces qui pèsent sur le droit du peuple cubain à l’autodétermination, au développement et à la paix, s’accumulent de jour en jour.