LIVRE BLANC 2006 >> DEUXIÈME PARTIE >> ANNEXE 2

ANNEXE 2.-

DECLARATION DU MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES DE LA REPUBLIQUE DE CUBA (LE 28 FEVRIER 2006)


Nous sommes témoins d’une nouvelle atteinte au multilatéralisme et aux Nations Unies. Les États-Unis ont menacé de voter contre pour faire échouer le projet de résolution présenté par le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies jeudi dernier, le 23 février, en vue de définir les modalités du Conseil des droits de l’homme, organe qui devrait remplacer l’actuelle CDH. Tel qu’il est connu cette Commission est plongée dans le discrédit par la manigance politique que l’administration Bush, et ses alliés et complices de l’Union européenne ont imposée à ses travaux.

L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU –imposé par les faucons de la Maison Blanche à contre poil du propre Congrès de l’Union – annonça hier, le lundi 27 février, qu’il avait reçu des instructions pour reprendre les négociations sur le texte du projet et ajouta que si l’on tentait d’adopter une décision sur l’actuel contenu, il demanderait de voter et voterait contre ce projet.

Ce qu’il y a de paradoxal, c’est que le projet de résolution, circulé officiellement aujourd’hui le 28 février, fut conçu minutieusement et négocié derrière les coulisses avec les fonctionnaires de Washington pour accommoder justement les exigences principales de la superpuissance, en sachant que celles-ci ne compteraient pas sur le soutien majoritaire des membres des Nations Unies.

Tout au long de ces mois, les États-Unis et ses alliés ont exercé de fortes pressions sur de nombreux gouvernements du Tiers Monde dans le but de faire plier leur résistance devant cette nouvelle confabulation. La Mission de Cuba auprès les Nations Unies a dénoncé le danger représenté par cette manoeuvre dans un Communiqué de presse distribué le 20 février dernier.

Le chantage est le seul ‘’argument’’ de l’administration Bush. Ses thèses ne résistent pas au débat. Quel Conseil des droits de l’homme prétendent-t-ils d’imposer les États-Unis?

• Un Conseil dont les membres restent assujettis à des exigences et à des conditionnements d’une telle nature qui rendraient impossible l’adhésion des pays placés au premier rang de la résistance aux actions agressives et hégémoniques de l’impérialisme à l’échelle mondiale. Les États-Unis prétendent de faire croire que le discrédit de la CDH est le résultat de la présence de pays comme Cuba au sein de la Commission. Il est par contre bien connu que les manoeuvres politiquement motivées par Washington et les membres de la Union européenne, tel que l’injuste exercice anti-cubain, furent celles qui flanquèrent par terre toute crédibilité de cette Commission. Souvenons-nous que même les États-Unis ne furent pas élus pour intégrer cette Commission des droits de l’homme en 2001, ce qui constitua un vote de punition de la grande majorité du monde face à leurs diktats et leurs manigances.

• Un Conseil qui réduise le nombre actuel de 53 membres de cette Commission des droits de l’homme. Les États-Unis parlent d’un organe ‘’plus maniable’’, soit plus petit, permettant de fixer leurs pressions sur peu de membres pour renforcer ainsi l’impact et l’effectivité de celles-ci. Autrement dit, ils veulent un Conseil qu’ils puissent ‘’manier’’ mieux, sans la présence de ceux qui, comme Cuba, appelle les choses par leur vrai nom et défende, par-dessus tout, les principes et la dignité des peuples.

• Un Conseil où l’on impose aux pays candidats à l’intégrer la condition indispensable de disposer du soutien des deux tiers des membres de l’Assemblée générale pour réussir à leur candidature. C’est ainsi que Washington prétend de s’assurer dans la pratique le pouvoir d’écarter les candidats qui lui font obstacle au contrôle prétendu des travaux de cet organe, avec la complicité d’une claire minorité composée de ses alliés plus proches et de ceux qui se soumettent à ses diktats. L’imposition de cette condition, applicable seulement à l’élection des principaux organes des Nations Unies, ce qui n’est pas le cas du Conseil des droits de l’homme), permettrait à une minorité de 64 États de bloquer la candidature de n’importe quel aspirant.

• Un Conseil ayant de vastes pouvoirs punitifs et de larges prérogatives pour prendre des sanctions contre les pays du Sud, ce qui va à l’encontre de la coopération internationale en matière des droits de l’homme que la Charte des Nations Unies impose aux institutions qui s’occupent de cette question. Tant les Etats-Unis que l’Union Européenne continueront à exercer leurs pratiques de manigance politique contre les peuples en développement. C’est pourquoi ils refusent de considérer même l’établissement de critères clairs et du fait qu’ils soient appliqués de la même manière à tous au moment de la présentation de résolutions sur de pays.

• Un Conseil, où les membres en assumant une conduite dissidente face aux manigances et aux impositions de l’Empire, demeureront assujettis au risque permanent d’être privés de leurs droits, par la prétention, la rancune et l’arrogance de la super puissance.

• Un Conseil qui compte sur des liens étroits avec le Conseil de sécurité, organe anti-démocratique auquel les Etats-Unis imposent leurs conditions comme la seule super puissance.

• Un Conseil qui ne compte pas sur un mandat express pour s’occuper en priorité de la réalisation du Droit au développement, une revendication vitale des majorités de l’espèce humaine. Un Conseil qui ne puisse pas adopter de décisions effectives contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et d’autres formes connexes d’intolérance. Un Conseil qui concentre ses travaux dans les droits civiles et politiques à la manière de Washington et qui serve, en plus, entre autres, à rendre légitime la torture, dont la justification a pris tellement de temps aux théoriciens et aux faucons de Washington.

• Le projet de résolution enregistré résulte-t-il par hasard contraire aux intérêts de Washington ? Tout au contraire. Celui-ci consacre la réduction du nombre des membres de cet organe principal des droits de l’homme des Nations Unies, de 53 à 47 membres, monte à 96 le nombre minimal de votes exigés pour l’élection d’un candidat et maintient la possibilité d’imposer des résolutions contre les pays du Sud, sans être assujetti à aucun critère ou à aucun respect de celui-ci. Il rend possible en plus la suspension des membres du Conseil avec le soutient de deux tiers des présents et votants dans une réunion officielle de l’Assemblée générale sans établir un limite minimal requis ; ouvre la possibilité du fait qu’à l’avenir les pays du Sud doivent envisager non seulement le danger permanent d‘être condamnés au moyen d’une résolution, mais aussi d’être privés de leurs droits dans ce Conseil ; donne au Conseil la compétence de répondre de façon rapide aux dénommées urgences des droits de l’homme qui, selon ces prétendus propriétaires du monde, ont seulement lieu dans le Sud. Cependant, il ne s’occupe de violations graves, massives et permanentes des droits de l’homme existant dans le centre de détention de la base navale de Guantanamo, ni de tortures brutales en Abu Ghraib ni de transfert de détenus sur des vols secrets de la CIA, à travers de l’Europe si démocratique, pour être torturés ; permet la tenue de réunions extraordinaires du Conseil à partir de la volonté minoritaire d’un tiers des membres du Conseil.

• Le projet de résolution présenté par le président de l’assemblée pourrait-il par hasard être qualifié d’un texte favorisant les intérêts des pays en développement, au détriment des appétences de Washington ? Pas du tout. Des 28 paragraphes du projets, même pas un ne fut destiné à promouvoir des actions concrètes permettant de surmonter les entraves imposés par l’ordre international en vigueur à la réalisation de l’objectif de tous les droits de l’hommes pour tous, tel qu’il est établi par l’article 28 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il n’y pas de paragraphe consacré à plénitude à la promotion du Droit au développement. On ne mentionne même pas les droits de solidarité. Le droit des peuples à la paix n’a pas été reconnu non plus dans la mesure qui en mérite.

Le problème fondamental ne se trouve pas dans le fait que le texte de la résolution présentée soit contraire, incompatible ou que simplement il ne garantisse pas les intérêts de stabilité, crédibilité et légitimité requis pas le schéma de domination mondiale conçu par les cercles impérialistes qui détendent le pouvoir aux Etats-Unis. La motivation réelle de l’attaque finale de l’actuelle administration états-unienne dans les négociations du Conseil des droits de l’homme est montrer sa volonté et sa capacité d’imposer, même au moyen du chantage plus bourde, ses conditions au processus de reforme et de nouveau dessein du système international représenté par les Nations Unies. Les Néo-conservateurs de l’administration Bush ont déjà commencé, d’une manière accélérée, le processus d’application du projet de domination mondiale exposé par le dénommé Projet pour un nouveau siècle américain.

Il n’a pas eu d’importance pour Washington faire ses alliés et ses complices de l’Union européenne faire de nouveau le ridicule de la subordination a la super puissance et de son accompagnement mimétique. Après avoir exprimé publiquement qu’ils apprêtaient à forcer dans le délai plus court possible l’adoption d’un projet de résolution conçu pour accommoder les demandes impopulaires de Washington et ses intérêts - si bâtards comme ceux de son tuteur sévère - aussitôt que les déclaration menaçantes de Bolton se sont rendues publiques, ils se sont empressés d’indiquer que si Washington insiste sur sa position, la création du Conseil devra être ajournée.

Ainsi, plusieurs autorités de l’Union européenne ont déjà déclaré « qu’il n’est pas désirable un Conseil créé sans le soutien de toutes les démocraties du monde, nous devons donc traiter d’emmener les Etats-Unis vers notre terrain ».

Les alliés européens de l’Empire doivent déjà être en train de travailler d’une manière véhémente pour arracher au reste du monde de nouvelles concessions permettant de rassasier la soif de domination et de rapine de l’administration Bush.

En fin de compte leurs intérêts idéologiques et politiques sont les mêmes que ceux de Washington, qui s’est chargé de leur faire comprendre que ses objectifs ne pourraient pas être accomplis à Genève sans le soutien des Etats-Unis.

En manigançant l’intérêt universel du renforcement du multilatéralisme, Washington, ses alliés et d’autres gouvernements vulnérables aux pressions des Etats-Unis prétendent de continuer à imposer leurs conditions, obligeant le reste des nations à claudiquer dans la défense indispensable des principes centraux du système international.

Le multilatéralisme ne peut fonctionner que sur la base du respect de l’égalité souveraine des Etats. Quelques nations permettant la super puissance d’agir à sa volonté dans l’instrumentation de ses appétences hégémoniques et ses intérêts égoïstes ne seraient pas viables.

Cuba a participé activement avec un esprit ouvert et une transparence totale aux débats sur la reforme de la CDH. Il a présenté de nombreuses propositions dans les étapes successives du processus, beaucoup d’entre elles étant assujetties à un langage accordé préalablement dans la Conférence mondiale sur les droits de l’homme qui a eu lieu à Vienne en 1993 ou dans les résolutions successives de la Commission des droits de l’homme et l’Assemblée générale.

Cuba continuera à travailler afin que ces aspects, qui furent injustement écartées contre la volonté de la majorité des Etats du Sud, soient dûment inclus dans le projet de résolution sur lequel l’Assemblée devra se prononcer. Ces omissions portent gravement atteinte à la possibilité d’assurer la création d’un Conseil des droits de l’homme reposant ses travaux sur un dialogue authentique.

Cuba a travaillé ardûment pour éviter les graves problèmes qui ont flanqué par terre la crédibilité de la CDH. Notre pays ne sera pas complice de l’achèvement silencieux d’un nouvel arrangement en herbe entre Washington et ses principaux alliés occidentaux contre les intérêts des peuples du Sud.

Cuba maintiendra sa dénonce verticale face à cette nouvelle attaque au système international et aux intérêts des peuples du Sud et agira, selon les circonstances l’exigent, en défense de la justice, du droit internationale, de la coopération internationale si nécessaire, ainsi qu’à faveur de la promotion et la protection de tous les droits de l’homme pour tous les peuples et pour toutes les personnes.

La Havane, le 28 février 2006


 

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Ultima actualización: 28.08.2006
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