CubaMinrex. Ministerio de Relaciones Exteriores de Cuba

  English   RSS Cubaminrex  

LIVRE BLANC 2007

  • CHAPITRE 3. LES DIFFÉRENTES ADMINISTRATIONS ÉTASUNIENNES N’ONT CESSÉ DE SOUTENIR LES FAUTEURS D’ACTES TERRORISTES CONTRE CUBA OU DE LEUR GARANTIR L’IMPUNITÉ

Dès le début même de la Révolution, les actions de sabotage et de terrorisme contre Cuba ont fait partie de la politique cruelle conçue froidement à Washington et à Miami pour la liquider, causant de lourdes pertes humaines et matérielles au peuple cubain et des dommages psychiques et affectifs à des milliers de familles cubaines.

Le terrorisme utilisé contre Cuba a revêtu fondamentalement les modalités suivantes : sabotage ou destruction de cibles économiques et civiles dans le pays même ; attaques contre des installations côtières, des cargos et des bateaux de pêche ; attentats contre des installations, des moyens et des personnels cubains à l’étranger, dont des sièges diplomatiques, des bureaux de lignes aériennes et des avions ; tentatives d’assassinat des principaux dirigeants ; introduction de germes et de vecteurs contre l’agriculture et l’élevage ; introduction de souches de maladies humaines.

Les 681 actions de terrorisme et agressions dûment prouvées et documentées contre le peuple cubain ont causé la mort de 3 478 personnes et l’invalidité permanente de 2 099 autres. Précisons que ces actions n’ont jamais cessé : on en dénombre 68 dans les années 90 et 39 ces cinq dernières années.

Les victimes des actions terroristes contre Cuba n’ont pas été seulement des Cubains. Un total de 190 attentats a visé des personnes et des biens de pays tiers siégés en territoire nord-américain. Des dizaines d’autres actions ont aussi été organisées contre des sociétés étrangères maintenant des relations économiques avec notre pays ou contre des représentations de pays ayant des liens avec nous.

Les actions terroristes s’accrurent sensiblement et devinrent systématiques à partir de 1961, après que l’administration Eisenhower eut adopté le 17 mars 1960 un « Programme d’actions secrètes contre le régime castriste » que l’administration Kennedy entérina : ce programme, connu comme « l’Opération Mangouste », autorisait, entre autres, la création d’une organisation chargée d’actions secrètes et de renseignements opérant à l’intérieur de l’île, en vue de quoi la CIA reçut les fonds nécessaires. Cette même administration Kennedy adopta le 18 janvier 1962 « le Projet Cuba » qui contenait trente-deux tâches de guerre secrète confiées aux départements et agences impliqués dans « l’Opération Mangouste ».

En plus des centaines d’actions perpétrées directement par les services secrets nord-américains, il faut mentionner toute une large gamme d’actions terroristes réalisés ou désamorcés à la phase des préparatifs dont la responsabilité – elles n’avaient censément pas le vu et approuvé direct de Washington – retombe sur les organisations installées aux Etats-Unis, groupant des terroristes d’origine cubaine, dont beaucoup furent d’ailleurs entraînés par la CIA et des unités de l’armée nord-américaine. S’inspirant de la politique officielle de la Maison-Blanche (détruire la Révolution cubaine par tous les moyens), ces groupes ont toujours bénéficié en tout cas de la plus totale impunité de la part des différentes administrations états-uniennes. Nombre de ces terroristes, même sans agir officiellement de la part de Washington, furent même protégés par les services secrets états-uniens et reçurent l’asile soit aux Etats-Unis mêmes soit sur des bases militaires de ce pays à l’étranger.

L’administration états-unienne et les organisations terroristes installées aux Etats-Unis et dans certains pays latino-américains purent compter par ailleurs sur une série d’assassins et de tortionnaires de la tyrannie batistienne qui s’étaient enfuis en janvier 1959 vers le Nord en quête d’impunité, malgré leurs crimes contre le peuple cubain.

Mentionnons entre autres : Jesús Blanco Hernández, Conrado Carratelá Ugalde, Sotero Delgado Méndez, Martín Díaz Tamayo, Mariano Faget Díaz, Armentino Feria Pérez, Irenaldo García Báez, Pilar García García, Rafael Gutiérrez Martínez, Julio Estelio Laurent Rodríguez, Agustín Lavastida Álvarez, Lutgardo Martín Pérez Molina, Rolando Masferrer Rojas, José Eleuterio Pedraza Cabrera, Orlando Eleno Piedra Negueruela, José María Salas Cañizares, Ángel Sánchez Mosquera, Merob Sosa García, Manuel Antonio Ugalde Carrillo et Esteban Ventura Novo.

Dans la plupart des cas, le jeune Gouvernement révolutionnaire cubain demanda leur arrestation provisoire en vue de leur extradition, ce à quoi les autorités états-uniennes opposèrent toujours une fin de non-recevoir.

Ainsi, en 1960, de nombreuses actions terroristes touchèrent des installations publiques (cinémas, théâtres, écoles et magasins) en vue de semer la panique et la terreur dans la population. L’action la plus criminelle et la plus sanglante fut le sabotage, le 4 mars, du cargo français la Coubre à La Havane, lors du déchargement de munitions achetées en Belgique pour l’Armée rebelle : le bilan en fut 101 morts, dont plusieurs Français, plus de 200 blessés et de nombreux disparus.

Parmi les attaques de cibles économiques en 1960, il faut souligner celle du 18 février. Ce jour-là, un avion qui bombardait la sucrerie España explosa en vol du fait d’une de ses propres bombes. Le pilote était un Nord-Américain, Robert Ellis Frost, et le copilote un Cubain, Onelio Santana Roque, ancien membre des organes répressifs de Batista. Selon le plan de vol, l’avion avait décollé de l’aéroport de Tamiami (Floride). Les documents récupérés sur le pilote permirent d’apprendre qu’il en était à sa quatrième attaque aérienne et qu’il allait toucher mille cinq cents dollars pour le bombardement de ce jour.

Le 30 décembre 1960, le journal Revolución informait de la saisie d’une manufacture de bombes et de l’arrestation de dix-sept terroristes qui, suivant des instructions de l’ambassade nord-américaine, plastiquaient des magasins. On trouvait parmi eux deux personnages très notoires aujourd’hui de la mafia terroriste et annexionniste d’origine cubaine, que la presse occidentale a affublés du qualificatif menteur de « pacifiques opposants politiques anticastristes ». Le premier est Carlos Alberto Montaner, qui se dit maintenant « journaliste et publiciste » et qui est un des meneurs de la mafia anti-cubaine de Madrid : mineur à l’époque, il ne fut donc pas condamné, ce dont il profita pour chercher refuge dans une ambassade latino-américaine et abandonner le pays.

L’autre est quelqu’un qui fut un « excellentissime ambassadeur des Etats-Unis » devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU, Armando Valladares, tout aussi faux écrivain que faux paralytique que l’on vit à la télévision se lever de sa chaise roulante pour parcourir les presque quatre cents mètres qui le séparaient de l’avion à son départ du pays.

En 1961, les attentats terroristes s’intensifièrent : incendie de plantations de canne à sucre pendant la campagne sucrière ; sabotage d’usines ; attaques de fermes, ces actions ayant causé la mort de 281 Cubains, pour la plupart des paysans, des femmes et des enfants, et des miliciens et de jeunes volontaires participant à la Campagne d’alphabétisation lancée en début d’année.

C’est en avril de cette même année qu’eut lieu l’invasion de Playa Girón (baie des Cochons) réalisée par une armée d’environ mille cinq cents mercenaires, organisée, entraînée, équipée, financée et transportée par le gouvernement nord-américain. Le plan mis en échec prévoyait le débarquement des troupes états-uniennes qui assistèrent de leurs bâtiments de guerre à la défaite des mercenaires.

Bien des mercenaires qui participèrent à cette invasion et à d’autres actions terroristes dans le cadre de la sale guerre sont toujours actifs dans les rangs des organisations terroristes qui agissent actuellement contre notre pays. Beaucoup d’autres se sont engagés comme agents à gages au service de la CIA pour réaliser des activités secrètes en Amérique latine et dans d’autres régions du monde : terrorisme, assassinats politiques, trafic d’armes et de drogues, ou encore des sales guerres comme celle qui fut menée contre la Révolution sandiniste au Nicaragua. Une autre partie reçut des instructions de jouer les « exilés politiques pacifiques » contre la Révolution cubaine, beaucoup de ceux-ci s’étant regroupés dans la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA).

Cette dernière, qui a publiquement « renoncé » à la violence terroriste, a continué toutefois d’organiser et de financer des actions terroristes, comme celles qui visèrent des installations touristiques cubaines et qui furent réalisées par des mercenaires centraméricains dans les années 90.

L’autre forme de terrorisme employée contre Cuba a été le « banditisme », ainsi baptisé par le peuple à cause des horreurs et des assassinats perpétrés de 1959 à 1965 par 299 bandes terroristes armées, soutenues et dirigées par le gouvernement nord-américain, comme le confirment des documents officiels maintenant déclassifiés, qui opérèrent dans toute l’île, mais surtout dans les montagnes de l’Escambray, au centre du pays, et qui causèrent plus de 500 morts, surtout des paysans et des ouvriers agricoles innocents.

Ainsi, dans un Rapport secret présenté en octobre 1961, Lyman B. Kirkpatrick, inspecteur général de la CIA, signale une opération secrète, dite Opération Silence, dans le cadre de laquelle l’Agency réalisa sur ordre de l’administration douze largages d’armes, de munitions et d’explosifs destinés à ces bandes armées.

Ce même Rapport parle d’un énorme centre établi par la CIA en Floride pour réaliser des opérations secrètes contre Cuba, reconnaissant que « le Bureau passa de quarante personnes en janvier 1960 à cinq cent quatre-vingt-huit le 16 avril 1961, devenant ainsi un des bureaux les plus importants des services secrets ».

La piraterie aérienne fut un autre genre d’actions terroristes conçues par la CIA en vue de renverser la Révolution cubaine, inaugurant là une nouvelle figure de terrorisme alors sans précédent dans le monde : de 1959 à 2001, cinquante et un avions cubains furent détournés, presque sans exception aux Etats-Unis et l’immense majorité ne furent jamais rendus. Des pilotes, des vigiles et des passagers furent assassinés ou blessés par les pirates de l’air, tandis que plusieurs avions furent détruits ou sérieusement endommagés lors de tentatives frustrées.

Au début des années 70, des organisations comme Alpha 66 et la Coordinatrice des organisations révolutionnaires unies (CORU), installées en Floride et au New-Jersey, furent responsables d’une bonne partie des actions terroristes menées contre le peuple cubain durant les années 70 et 80, et contre des intérêts d’autres pays ayant des relations commerciales et économiques avec l’île.

Le terrorisme de ces années-là se traduisit aussi par des actions paramilitaires contre des cargos et des bateaux de pêche cubains. Le 4 octobre 1973, les bateaux de pêche Cayo Largo 17 et Cayo Largo 34 furent attaqués par deux vedettes armées conduites par des terroristes qui assassinèrent Roberto Torna Mirabal et abandonnèrent le reste des équipages sur des dinghys, sans eau ni aliment.

Mais c’est le 6 octobre 1976 qu’eut lieu le pire des actes terroristes commis durant cette période : le sabotage en plein vol d’un avion de Cubana de Aviación avec 73 passagers à bord, dont 57 Cubains, 11 jeunes Guyanais (dont 6 venaient faire des études de médecine à Cuba) et 5 Nord-Coréens. Il n’y eut aucun survivant.

Cet attentat contre un avion civil fut commis par deux mercenaires vénézuéliens payés par deux des plus notoires terroristes d’origine cubaine : Orlando Bosch Dávila, auteur de 321 actions terroristes, qui, malgré l’avis contraire du département de Justice, reçut une autorisation spéciale de Bush père pour vivre aux Etats-Unis, si bien qu’il réside à Miami depuis 1990, et Luis Posada Carriles, honteusement gracié par l’ex-présidente du Panama, Mireya Moscoso. Nous reviendrons plus loin sur sa longue carrière de terroriste.

Tous deux furent recrutés dès 1960 par la CIA qui les entraîna à des techniques de sabotage perfectionnées par divers moyens ; ils faisaient alors partie de la Coordinatrice des organisations révolutionnaires unifiées (CORU), que Bosch venait juste de fonder en juin 1976 et qui intensifia notablement les actions terroristes non seulement contre Cuba, mais aussi contre vingt-quatre autres pays d’Europe, d’Amérique latine et d’Amérique centrale.

Mais le peuple nord-américain commença à expérimenter chez lui la terreur que ses dirigeants avaient déclenchée depuis 1959 contre un petit pays voisin.

Tout en continuant de mener des actions à Cuba même, ces organisations commencèrent à agir aux Etats-Unis mêmes, visant des intérêts de pays ayant des relations diplomatiques et commerciales avec le nôtre, des diplomates cubains en mission devant l’ONU, des institutions privées nord-américaines et des émigrés cubains en désaccord avec la politique terroriste de la mafia cubano-américaine, voire contre de hauts fonctionnaires de gouvernements étrangers. Ce fut le cas de l’ancien ministre des Affaires étrangères du président chilien Salvador Allende, Orlando Letelier, assassiné à Washington par des terroristes d’origine cubaine agissant au service des organes répressifs du dictateur Augusto Pinochet.

Logiquement, les autorités nord-américaines commencèrent à réagir en arrêtant certains terroristes ou en tentant de démanteler des groupes qui opéraient à leur propre compte. Pour éviter ces poursuites, un certain nombre de groupes feignirent de se dissoudre publiquement, changèrent de nom, interrompirent provisoirement leurs actions, voire s’installèrent dans d’autres Etats que la Floride.

Néanmoins, les bandes terroristes qui respectèrent les normes de conduite publique imposées par les autorités nord-américaines et opérèrent uniquement contre le territoire cubain furent tolérées.

Parmi les actions réalisées directement aux Etats-Unis, on peut citer les suivantes :

  • Le 5 juin 1976, la mission cubaine devant l’ONU fait l’objet d’un attentat à l’explosif qui cause de gros dégâts.
  • En 1977, assassinat de Carlos Muñiz Varela et de José Eulalio Negrín, émigrés cubains favorables à un dialogue avec les autorités cubaines.
  • Mars 1980, pose d’une puissante bombe dans l’auto du représentant permanent de Cuba aux Nations Unies (New York).
  • 11 septembre 1980 : assassinat de Félix García, diplomate de la même mission.

À la fin de l’administration Bush père, les secteurs les plus réactionnaires de l’émigration cubaine aux Etats-Unis, notamment en Floride, stimulèrent de nouveau le terrorisme dans leur guerre contre l’île. Ce qui explique les nombreuses actions terroristes réalisées durant les deux administrations Clinton, selon de nouvelles modalités, sous le parrainage de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA) qui les finançaient.

La Fondation nationale cubano-américaine (FNCA) recruta et paya plusieurs terroristes en Amérique centrale qui posèrent des bombes dans des installations touristiques cubaines en échange d’une récompense financière. Ainsi, en 1997, sept bombes explosèrent dans des hôtels et des installations touristiques du pays. L’une d’elles causa la mort d’un jeune touriste italien, Fabio di Celmo. Les visées étaient claires : saboter et ruiner l’industrie touristique cubaine, qui pointait comme le principal secteur économique de l’île.

Mais les actions terroristes n’ont pas cessé sous l’administration Bush fils. Du 6 août 2002 au 10 avril 2003, on dénombre onze actions terroristes, pour la plupart des détournements d’avions et de bateaux vers les Etats-Unis. Toutes ces actions furent violentes, avec emploi d’armes blanches, d’objets pointus et même d’armes à feu en vue de menacer les équipages et les passagers.

A Cuba, les terroristes ont toujours été punis de lourdes peines, ce qui, sauf de très rares exceptions, n’est généralement pas le cas aux Etats-Unis quand il s’agit d’individus d’origine cubaine.

Le cas Posada Carriles : Chronique d’une impunité annoncée

En novembre 2000, Luis Posada Carriles, le plus dangereux terroriste du continent américain, fut détenu en Panama quand il planifiait un attentat contre le président Fidel Castro venu participer au Dixième Sommet ibéro-américain. Posada et ses complices avaient prévu de plastiquer au C-4 le grand amphi de l’Université de Panama où le président Fidel Castro devait prononcer une allocution devant des centaines d’étudiants et de professeurs panaméens.

Mais, alors que le procès n’avait pas encore conclu et bien qu’il ait été condamné, il fut gracié le 26 août 2004 – en même temps que ses complices, les terroristes d’origine cubaine eux aussi, Pedro Remón Rodríguez, Guillermo Novo Sampoll et Gaspar Eugenio Jiménez Escobedo – par la présidente du Panama, Mireya Moscoso, par suite des pressions exercées par Bush en personne.

Selon La Estrella de Panamá, le secrétaire d’Etat Colin Powell, et Otto Reich, chargé des questions interaméricaines au Conseil national de sécurité, se rendirent auprès de Mireya Moscoso pour l’enjoindre de gracier les terroristes.

C’est l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Panama, Simon Ferro – qui entretient des liens depuis longtemps avec la Fondation nationale cubano-américaine – qui fut chargé de coordonner leur relaxe avec le gouvernement panaméen, comme le confirme l’appel téléphonique que lui adressa Moscoso une fois la libération consommée.

Alors que ses complices avaient rejoint directement les USA, Posada Carriles, doté de faux papiers, déambula au Honduras et dans d’autres pays centraméricains, puis entra clandestinement aux Etats-Unis, entre les 18 et 20 mars 2005, à bord du Santrina, un bateau piloté par un autre terroriste avéré, Santiago Álvarez, actuellement emprisonné pour détention illégale d’un arsenal d’armes de guerre et d’explosifs et pour de très graves violations des lois étasuniennes sur la sécurité.

Cuba dénonça aussitôt l’entrée illégale de Posada Carriles. Or l’administration Bush maintint un silence complice pendant plus de deux mois et ne se décida à l’arrêter que le 17 mai 2005, compte tenu des pressions internationales accrues. Depuis, et bien qu’il s’agisse d’un dangereux terroriste international recherché dans d’autres pays, l’administration Bush continue de le considérer comme un simple émigrant illégal, refusant de remplir les obligations de droit international qui sont les siennes, autrement dit le juger lui-même pour ses crimes ou l’extrader au Venezuela qui le réclame.

Qui plus est, un juge d’immigration étasunien a décidé en septembre 2005, se fondant sur les préjugés politiques régnant aux USA au sujet de ces deux pays, que Posada Carriles ne pouvait pas être extradé au Venezuela – ni à Cuba, qui ne l’a pourtant pas réclamé – sous prétexte qu’il risquait d’y être « torturé ». Pourtant, ni l’un ni l’autre ne pratique la torture. Le prétexte est d’autant plus curieux que Posada Carriles l’a bel et bien pratiquée, lui, quand il était officier de la police politique vénézuélienne au début des années 70 !

Compte tenu de la conduite de l’administration Bush qui cherche à étendre un manteau de silence sur les crimes du terroriste et lui assurer l’impunité, ses avocats ont même parlé d’engager des démarches pour le libérer en recourant à de nombreux subterfuges légaux.

Le 30 mars 2006, le Bureau d’immigration et des douanes a dû toutefois reconnaître que sa libération supposerait « un danger pour la sécurité nationale et pour la communauté, compte tenu de sa longue histoire de délits et de violence ayant provoqué la mort de civils innocents » et du fait qu’il avait participé « à des actes violents qui indiquaient son mépris pour la sécurité du public et qu’il a tendance à se lier à des activités qui représentent un danger pour la sécurité nationale des Etats-Unis ».

N’empêche que, le 12 janvier 2007, un jury fédéral du district Ouest du Texas a présenté une accusation formelle contre Posada Carriles pour sept chefs d’accusation, dont aucun n’a à voir directement avec ses actions terroristes, les plus graves étant la fraude qu’il a commise lors de sa demande de naturalisation et les informations fausses qu’il a données durant ses entretiens officiels avec les fonctionnaires d’immigration.

Cette décision des autorités fédérales étasuniennes cause la plus vive indignation au peuple cubain et constitue en particulier une offense macabre aux proches des victimes du terroriste qui réclament justice.

En effet, parmi ses nombreux crimes, Posada Carriles a organisé et dirigé le sabotage en plein vol d’un avion de Cubana de Aviación qui a causé la mort de soixante-treize innocents ; il a organisé et coordonné d’innombrables actions de sabotage et de terrorisme contre Cuba et d’autres pays de la région ; il est l’auteur intellectuel d’une série d’attentats perpétrés contre des installations touristiques cubaines en 1997. Formé par la CIA, il a toujours maintenu des liens étroits avec les organes de renseignements des Etats-Unis et a été financé par des agents de l’administration. Il n’a cessé de préparer l’assassinat de Fidel Castro et a été utilisé dans ce but par la Fondation nationale cubano-américaine depuis sa création.

Deux des complices de Posada Carriles, Santiago Álvarez et Osvaldo Mitat, terroristes avérés emprisonné en Floride pour conspiration et détention d’un arsenal d’armes de guerre, ont livré à la police, le 19 janvier 2007, des dizaines de mitrailleuses, de la dynamite, un lance-grenade, de fusils, du plastic C-4, des détonateurs et des munitions qui devaient, de leur propre aveu, être utilisés contre Cuba.

L’impunité accordé à Posada Carriles et à d’autres de son acabit semblerait être la récompense des autorités étasuniennes à leur longue carrière au service de l’empire, car ils ont non seulement commis des agressions contre Cuba, mais encore ont participé à d’autres projets de la sale guerre que les USA ont menée en Amérique centrale et dans d’autres pays latino-américains. Le président Bush est plus soucieux de ne pas se mettre à dos l’extrême droite de Miami et de préserver les secrets de Posada Carriles en lui assurant l’impunité que de faire justice. Comme l’écrit l’avocat cubano-américain José Pertierra, représentant légal du gouvernement vénézuélien en ce qui concerne la demande d’extradition de ce sinistre individu, « tout s’est déroulé selon un scénario prévisible pour donner une apparence de légalité à une action qui n’en a aucune. »

Un cas évident d’illégalité et de deux poids deux mesures

L’impunité que le gouvernement étasunien n’a cessé d’accorder au terroriste Luis Posada Carriles n’est pas seulement immorale et politiquement contestable, elle est avant tout illégale, car le droit international est tout à fait clair : les autorités étasuniennes sont obligées de juger Posada Carriles ou de l’extrader.

En vertu, entre autres, des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité et ayant force de loi pour tous les États. Ainsi, agissant au titre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité a décidé ce qui suit dans sa résolution 1373 (2001) :

- Que tous les Etats « veillent à ce que toutes personnes qui participent au financement, à l’organisation, à la préparation ou à la perpétration d’actes de terrorisme ou qui y apportent un appui soient traduites en justice… »,

- « Veiller, conformément au droit international…à ce que la revendication de motivations politiques ne soit pas considérée comme pouvant justifier le rejet de demandes d’extradition de terroristes présumés ».

Trois ans après, toujours au titre du chapitre VII de la Charte, la Conseil a adopté la résolution 1566 (2004) où l’on peut lire, entre autres :

- « Appelle tous les États à coopérer sans réserve à la lutte contre le terrorisme, conformément aux obligations qui leur incombent en vertu du droit international, en particulier avec les États sur le territoire desquels, ou contre les citoyens desquels, des actes de terrorisme sont commis, en vue de découvrir, interdire d’asile et traduire en justice, conformément au principe aut dedere aut judicare, quiconque prête appui au financement, à l’organisation, à la préparation ou à la commission d’actes de terrorisme, y concourt, y participe ou tente d’y participer, ou donne refuge à leurs auteurs. »

Par ailleurs, la Convention de Montréal pour la répression des actes illicites contre la sécurité de l’aviation civile stipule à son article 7 : « L'État contractant sur le territoire duquel l'auteur présumé de l'une des infractions est découvert, s'il n'extrade pas ce dernier, soumet l'affaire, sans aucune exception et que l'infraction ait ou non été commise sur son territoire, à ses autorités compétentes pour l'exercice de l'action pénale. »

Sans parler d’autres instruments qui stipulent aussi le principe reconnu à l’échelle internationale de « traduire en justice ou extrader », telles que les différentes résolutions adoptées par l’Assemblée générale sur le point : « Mesures destinées à éliminer le terrorisme international ».

On pourrait aussi signaler, entre autres dispositions légales du droit étasunien, le Patriot Act, qui autorise l’arrestation d’un prisonnier encore non déporté s’il représente un danger à la sécurité nationale ou a été impliqué dans des activités terroristes. Libérer Posada Carriles constituerait donc une violation aussi bien du droit étasunien que du droit international, puisque les USA sont obligés de le juger ou de l’extrader au Venezuela, qui l’a réclamé et où le terrorisme a des comptes à rendre à la justice.

Bien que le droit étasunien et le droit international n’offrent pas la moindre ambiguïté quant aux obligations des Etats-Unis en l’occurrence, l’administration n’a pas la volonté politique nécessaire pour les assumer.

Il ne faut pas beaucoup enquêter pour conclure que Posada Carriles constitue le terroriste le plus dangereux et le plus violent du continent américain. Il l’a d’ailleurs reconnu lui-même dans son livre Los caminos del guerrero, et dans plusieurs interviews où il a prôné ouvertement le recours à la violence pour mettre fin au système économique, social et politique choisi librement par le peuple cubain, et admis sa participation à différents sabotages et actes de terrorisme contre Cuba, dont celui de l’avion civil à la Barbade.

La communauté internationale devrait donc rester alerte et vigilante pour éviter que Posada Carriles bénéficie du même sort qu’Orlando Bosch Ávila et d’autres terroristes avérés d’origine cubaine, qui ont endeuillé des dizaines de familles dans l’île, mais qui vivent pourtant librement aux USA et se promènent tranquillement dans les rues de Miami.

En ce qui concerne Orlando Bosch, c’est le père du président actuel, George Herbert Walker Bush, qui lui octroyé la « grâce présidentielle » le 19 juillet 1990, contre les recommandations du FBI et un avis du département de la Justice, lesquels connaissaient son passé terroriste.

Il serait donc très grave, aussi bien pour les actions engagées aux Nations Unies contre le terrorisme que pour la crédibilité de l’administration étasunienne prétendument « en guerre contre le terrorisme » que celle-ci décide d’accueillir Posada Carriles ou se targue d’arguties juridiques pour lui permettre de rester dans le pays. De toute façon, le deux poids deux mesures et l’hypocrisie complice de l’administration qui se proclame leader de la « campagne antiterroriste » sont plus qu’évidents.

Le président des USA n’avait-il pas affirmé le 26 août 2003 : « Quiconque protège un terroriste, quiconque soutient un terroriste, quiconque nourrit un terrorisme est aussi coupable que lui » ? De toute évidence, cette maxime n’a pas cours quand les victimes du terrorisme sont des Cubains.

Le président Fidel Castro a dénoncé l’irresponsabilité juridique dont ferait preuve Bush, car sa fonction le contraint d’agir dans des cas semblables et d’en informer la population étasunienne.

Cuba, qui a signalé à plusieurs reprises sa disposition à coopérer avec la justice en lui faisant parvenir tous les renseignements qu’elle possède sur ce terroriste, presse la communauté internationale à exiger que l’administration Bush tienne ses obligations : juger le terroriste ou l’extrader au Venezuela où il est fuyard de la justice depuis 1995.

Récompenser Posada Carriles par l’impunité, tout en soumettant cinq jeune cubains combattants antiterroristes à des condamnations longues et injustes, constitue une immoralité et une grave irresponsabilité, ainsi qu’un affront à toutes les victimes du terrorisme dans le monde et à leurs familles.

Bref résumé des actions terroristes du criminel d’origine cubaine Luis Faustino Clemente Posada Carriles

Ses principaux alias sont entre autres : Ramón Medina, Ignacio Medina, Juan Ramón Medina, Ramón Medina Rodríguez, José Ramón Medina, Rivas López, Juan José Rivas, Juan José Rivas López, Julio César Dumas, Franco Rodríguez Mena.

Abandonne Cuba le 25 février 1961, après s’être réfugié à l’ambassade argentine en 1960.

Entre dans l’armée des Etats-Unis, où il reçoit un entraînement militaire.
En 1963, membre de la CIA, responsable d’entraînement à des missions maritimes.

En 1964, est à Tampa, à la tête d’un camp de la Junte révolutionnaire (JURE) où s’entraînent des terroristes d’origine cubaine. Il y reçoit aussi une formation en explosifs et démolition de la part de spécialistes de la CIA. A cette date il dirige une équipe d’infiltration de la CIA qui réalise diverses actions contre Cuba.

Tout au long des années 60, il se lie à des membres d’organisations terroristes comme Alpha-66, Commandos L et Mouvement 30 novembre.

A la fin de cette décennie, il s’installe au Venezuela, où, en 1967, il fait partie du Servicio de Inteligencia y Prévencion (DISIP) de ce pays, en tant que chef d’opérations, et où il réalise des missions comme agent de liaison de la CIA. Il crée plus tard l’Agencia de Detectives, Investigaciones Commerciales e Industriales, qui est fermée une fois prouvée sa participation au sabotage de l’avion de passagers cubain à la Barbade, en 1976 (bilan : 73 morts), cause pour laquelle il est accusé et condamné.

Incarcéré dans plusieurs prisons vénézuéliennes de 1976 au 18 août 1985 où il s’évade avec le soutien de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA) et la complicité d’autorités corrompues.

Se rend en El Salvador où il prête service durant environ deux ans à la base militaire d’Ilopango, en tant que conseiller des contras nicaraguayens.

En février 1990, est grièvement blessé au Guatemala où il est conseiller à la sécurité de Teléfonos de Guatemala (GUATEL). A la suite de l’attentat, il est soutenu économiquement par le directeur de la FNCA, Alberto Hernández, qui paie certains frais d’hospitalisation.

Une fois rétabli, est transféré à San Pedro Sula (Honduras) où il loge dans un hôtel, tous frais payés par son ami d’origine cubaine, l’homme d’affaires Rafael Hernández Nodarse.

Dans les années 90, a de fréquents contacts avec Gaspar Jiménez Escobedo (alias Gasparito) et avec d’autres terroristes en vue de préparer plusieurs attentats contre le président Fidel Castro. Il aide des organisations de Miami à acheter des armes en Amérique centrale en vue d’actions terroristes contre Cuba.

À cette époque, fait de fréquents voyages dans différents pays centraméricains, dont le Honduras, le Guatemala, le Costa Rica et El Salvador où il a d’étroites relations avec des militaires et des hommes d’affaires qui le soutiennent. Se rend aussi à Miami, en Espagne, en République dominicaine, au Venezuela et à Aruba.

En janvier 1994, il participe à l’organisation d’un attentat contre le président Fidel Castro financé par la FNCA, prévu au Honduras à l’occasion de la participation éventuelle de celui-ci à la prise de possession du président Carlos Roberto Reina. En juin, il se rend dans le même but en Colombie en compagnie de Gaspar Jiménez Escobedo.

En juin 1995, il se rend au Costa Rica en vue de dynamiter un bateau cubain ; en décembre, il prépare une action à la dynamique contre une cible cubaine en compagnie de Ramón Orozco Crespo.

En 1995, avec la complicité de militaires honduriens, il pose quarante et une bombes dans ce pays, selon dénonciation en 1997 de Ramón Custodio, dirigeant du Comité hondurien des droits de l’homme.

En 1997, il organise avec le soutien de la direction de la FNCA la structure terroriste créée en Amérique centrale en vue d’actions de cette nature contre Cuba, recrutant des mercenaires, selon ses propres aveux de mi-1998.

En 1997, impliqué, aux côtés d’un cadre de la FNCA, Arnaldo Monzón Plasencia, dans les préparatifs d’un attentat contre le président Fidel Castro au Septième Sommet ibéro-américain sur l’île Margarita (Venezuela). Il informe de ses projets, entre autres, les contre-révolutionnaires Nelly Rojas, Pedro Morales et Francisco Pimentel qui apparemment le soutiennent.

Organise directement plusieurs attentats terroristes à la bombe à Cuba. Le premier, en avril 1997, en recourant aux mercenaires qu’il a recrutés, tels Chávez Abarca et Otto Rodríguez Llerena. Des quatorze bombes préparées, huit explosent, quatre sont désamorcées sans exploser et deux sont saisies à leur introduction à l’aéroport. Ces bombes causent un mort, plusieurs blessés et de gros dommages matériels. Les agences cubaines Havanatur aux Bahamas et Cubanacán au Mexique sont aussi attaquées à la bombe.

En août 1998, il participe directement aux préparatifs d’un attentat contre le président Fidel Castro lors de sa visite en République dominicaine, avec le concours de terroristes de Miami.

En 1998, prépare l’explosion en vol d’un avion de Cubana de Aviación sur la route La Havane-Amérique centrale.

En 1999 et 2000, prépare de différents attentats terroristes de même nature contre l’économie cubaine et contre les intérêts cubains à l’étranger, en vue de quoi il acquiert des explosifs et d’autres engins.

En novembre 2000, l’attentat prévu au Dixième Sommet ibéro américain contre le président Fidel Castro se fait sur instructions directes de Francisco (Pepe) Hernández et Alberto Hernández, lors de réunions de Posada Carriles dans des pays centraméricains avec, entre autres, les terroristes Gaspar Jiménez et Antonio Iglesias, qui lui donnent de l’argent en provenance de la FNCA en vue de l’achat d’armes et d’explosifs.

D’août à octobre 1999, il fait plusieurs voyages de préparatifs au Honduras, au Costa Rica et au Panama. Au Costa Rica, il reçoit un soutien financier et des complicités pour introduire l’armement au Panama clandestinement, par voie terrestre. Au Panama même, il fait les explorations nécessaires à l’attentat.

En novembre 2000, il est arrêté par les autorités panaméennes pendant le Dixième Sommet ibéro-américain, en compagnie de Gaspar Eugenio Jiménez Escobedo, Guillermo Novo Sampoll et Pedro Ramón Rodríguez pour être impliqué dans un plan d’attentat contre le président de la République de Cuba.

 

<< Atrás

Copyright © Ministerio de Relaciones Exteriores

Escribir al WebmasterEscribir al Webmaster