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Discursos e Intervenciones

ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR ESTEBAN LAZO HERNÁNDEZ, VIDEPRESIDENT DU CONSEIL D’ETAT DE LA RÉPUBLIQUE DE CUBA AU SOMMET SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE, COPENHAGUE, DANEMARK
17 DÉCEMBRE 2009

Monsieur le Président,

Honorables Chefs d’État et de Gouvernement, et d’autres Chefs de délégation,

Messieurs les délégués,

Permettez-moi avant tout d’exprimer mon total soutien aux propos prononcés hier ici par le Président de la République bolivarienne du Venezuela, le camarade Hugo Chávez Frías, ainsi qu’à ceux prononcés il y a seulement quelques heures par le Président de l’Etat plurinational de la Bolivie, le camarade Evo Morales Ayma, qui traduisent les sentiments de tous les pays membres de l’ALBA par rapport au changement climatique, a ses véritables causes et a ses possibles solutions.

Je dois également me joindre à leur dénonciation et protestation à cause du manque de transparence et de l’existence de formats de négociation excluants et parallèles de documents qu’on dit inexistants, Vraisemblablement, on a convoque pour demain une réunion avec une liste d’orateurs limitée et choisis d’une manière aucunement démocratique. Nous notons avec préoccupation l’exclusion des organisations non gouvernementales de cette salle et l’évidente répression contre les manifestants.

Lors de l’historique Conférence de Rio de Janeiro de 1992, le camarade Fidel Castro a exprimé, et je cite :

« Une espèce biologique importante court le risque de disparaître, et ce, à cause de la suppression rapide et progressive de ses conditions naturelles de vie. Cette espèce, est l’homme.

« (…) les sociétés de consommation les responsables principales de l'atroce destruction de l'environnement.

« Interdire le développement à ceux qui en ont plus besoin, ne peut pas être la solution.

« Si l'on veut épargner l'humanité de cette autodestruction, il faut mieux distribuer les richesses et les technologies disponibles dans le monde. Moins de luxe et moins de gaspillage dans une poignée de pays, afin qu'il y ait moins de pauvreté et moins de faim dans une grande partie de la Terre. »

Le problème demeure essentiellement le même.

Moins de deux décennies après, la croissance annuelle moyenne des concentrations de dioxyde de carbone a été plus grande que pendant toute la période dont on a des registres systématiques.

La température continue à s’accroître au niveau mondial. L’épaisseur des glaciers arctiques diminue. Le niveau de la mer s’élève. L’intensité et la fréquence des ouragans. Le régime des pluies s’est modifié. 100 millions d’hectares de forêts ont été encore perdus. Les déserts se sont étendus. 30% des espèces disparaîtront si la température mondiale augmente entre 1,5 et 2,5 degrés centigrades. Les petits États insulaires risquent de disparaître sous l’eau.

Bon nombre de ces effets sont déjà irréversibles. Par conséquent, la communauté internationale et notamment le monde en développement, doivent de toute urgence mettre en œuvre des actions qui leur permettent de s’adapter au changement climatique et de recevoir le soutien financier nécessaire à cette fin.

La Déclaration spéciale sur le changement climatique adoptée lors du Septième Sommet des chefs d’État de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique qui vient de se tenir à La Havane, affirme que le changement climatique devient le problème le plus sérieux et urgent auquel se heurte l¨humanité. Mais l’égoïsme et l’intérêt des pays développés à maintenir l’ordre économique injuste et inéquitable, empêchent d’entreprendre le changement que réclament les générations présentes et futures.

Au bout de presque deux ans de négociations pour conclure une deuxième période de d’engagement vis-à-vis du Protocole de Kyoto, nous venons participer à cette rencontre sans être dotés d’un accord réel et significatif à cause de l’attitude irresponsable et le manque de volonté politique des nations développées.

Ceux qui provoquent 76% des émissions accumulées dans l’atmosphère doivent assumer pleinement leur responsabilité á cause de l’impact que leurs économies et styles de vie, basés sur des modèles de production et de consommation gaspilleurs et insoutenables, ont provoqué á l’équilibre climatique du monde. Il faut que ces pays s’engagent sérieusement á réduire leurs émissions nationales et qu’ils n’offrent plus des solutions hypocrites basées sur les dites bontés du marché.

Les Etats-Unis, qui concentrent environ un quart des émissions mondiales, ne peuvent pas continuer à faire de la communauté internationale l’otage de sa politique nationale.

La poursuite des efforts visant à désarticuler le régime légal actuel concernant le changement climatique représenté dans la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique et le Protocole de Kyoto afin de donner lieu à un accord nouveau et unique applicable aux parties absolument inégales au niveau de l’ampleur de leurs contributions et de leurs capacités économiques, financières et technologiques, continuera non seulement d’entraver énormément l’obtention d’un résultat final, mais aussi d’être une option politiquement et éthiquement inacceptable.

Nous aspirons à un accord basé sur le respect sans restrictions des principes adoptés lors du Sommet de la Terre á Rio de Janeiro, notamment les Responsabilités communes mais différenciées en vertu duquel les pays développés devraient assumer le leadership conformément à leurs responsabilités et capacités.

 

Monsieur le Président,

Un accord émanant de ces négociations ne pourrait pas non plus négliger les réalités d’un ordre économique international profondément inégal et excluant, qui a laissé – permettez-moi d’utiliser des données connues – 2 500 êtres humains dans la pauvreté, 1 100 millions sans eau potable, 2,6 milliards sans services d’assainissement, plus de 800 millions d’illettrés et plus d’un milliard d’affamés sur la planète.

La brèche qui sépare les pays développés et sous-développés n’a pas cessé de se creuser : les plus riches, qui représentent 20% de la population mondiale, résident dans les pays à plus fortes recettes, absorbent plus de 85% des dépenses en matière de consommation privée, tandis que 2,8 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour.

Un accord à long terme pour combattre le changement climatique ne peut pas signifier une restriction supplémentaire pour le développement des pays du Tiers monde.
Il doit envisager un fort mécanisme de financement des actions de mitigation et, fondamentalement, d’adaptation des pays sous-développés au changement climatique de la part des nations développées. Il ne s’agit pas de la charité, mais surtout d’une obligation morale vis-à-vis du Sud et une obligation légale résultante des engagements assumés par la Convention.

Les sommes faramineuses destinées à sauver des entreprises et des banques qui font faillite, ainsi que les milliards de dollars investis annuellement en armement prouvent que les ressources existent. Ce qui manque est la volonté politique d’en faire un usage plus rationnel, humain et durable et de contrecarrer le désastre qui s’approche.

Cuba, un pays qui souffre un blocus cruel imposé par la principale puissance mondiale, a réussi à faire avec très peu de ressources, une véritable révolution énergétique qui lui a permis de réduire considérablement ses émissions de dioxyde de carbone. Comme nous l’avons déjà fait dans d’autres forums internationaux, nous offrons modestement notre expérience à toute la communauté internationale.

Je tiens à conclure mon intervention avec les propos de Fidel du 12 juin 1992 :

« Les égoïsmes doivent cesser, les hégémonismes doivent cesser, l'insensibilité, l'irresponsabilité et le mensonge doivent cesser. Demain il sera trop tard pour faire ce qu'on aurait du faire il y a longtemps.

 

Merci beaucoup.



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