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Discursos e Intervenciones

Bruno Rodríguez Parrilla

Allocution du ministre des Relations extérieures de la République de Cuba, Son Excellence M. Bruno Rodríguez Parrilla, à la séance d’ouverture de la Réunion des hauts fonctionnaires tenue dans le cadre de la Réunion ministérielle du Bureau de coordination du Mouvement des pays non alignés. La Havane, le 27 avril 2007.



Honorables délégués;

Au nom de notre peuple et de notre gouvernement, je vous souhaite la plus cordiale bienvenue à La Havane et un séjour agréable dans notre pays.

Nous vous accueillons près de trois ans après la tenue, ici même, de l’historique Quatorzième Sommet du Mouvement des pays non alignés, en septembre 2006.

Nous avions alors renouvelé notre ferme engagement de revitaliser et de renforcer le Mouvement de pays non alignés en tant que tribune de concertation politique des pays du Sud et avions aussi adopté des décisions importantes qui ont guidé notre travail au cours de ces trois dernières années.

La « Déclaration sur les buts et principes et sur le rôle du Mouvement des pays non alignés dans la conjoncture internationale actuelle », adoptée par nos dirigeants le 16 septembre 2006 et posant les lignes directrices permettant de faire face aux défis et aux dangers auxquels est confrontée l’humanité - en particulier les pays non alignés - a fait date dans l’histoire du Mouvement. Au même titre que les principes fondateurs de Bandung, le document adopté à La Havane a guidé en permanence l’action des pays non alignés et atteste de l’actualité des buts politiques de notre organisation.
Nous pouvons affirmer que notre rôle dans les relations internationales se consolide. Nous participons activement aux principaux débats et aux prises de décisions de différentes instances multilatérales. Nous sommes plus à même de défendre les intérêts des peuples du Sud. Parmi les principaux résultats de ces trois dernières années, il faut mentionner les suivants :

1. La coordination et la concertation des positions des pays non alignés sur les points essentiels de l’ordre du jour des Nations Unies se sont renforcées et sont devenues plus efficaces. Les décisions du Bureau de coordination et de ses Groupes de travail à New York ont une portée de plus en plus importante.

2. Depuis la tenue du Quatorzième Sommet, vingt-six déclarations du Bureau de coordination sur des questions intéressant particulièrement les pays non alignés ont été discutées et adoptées.

3. Les liens et la concertation des positions entre le Mouvement et d’autres groupements du Sud, en particulier le Groupe des 77 et la Chine, se sont renforcés. L’identification d’espaces communs de négociation et d’actions a permis au Comité de coordination conjointe entre le Mouvement et le Groupe des 77 et la Chine de défendre les positions des pays en développement dans des domaines tels que la cohérence du système des Nations Unies et la réforme de celui-ci. L’expérience de ces trois dernières années montre la nécessité de ne pas limiter la portée du Comité de Coordination conjointe à New York. Il serait bon, au contraire, de l’étendre, chaque fois que cela est possible, à d’autres instances multilatérales afin de renforcer l’unité et la capacité d’action des pays en développement.

4. L’action du Mouvement au sein d’autres instances multilatérales s’est consolidée. Après plus de deux décennies d’inactivité, son action à l’Unesco a été relancée.

5. Son domaine d’action s’est élargi et approfondi à Genève. Le Mouvement participe aujourd’hui activement aux travaux du Conseil des droits de l’homme, de l’Organisation mondiale de la santé, de l’Organisation internationale du travail et des différentes instances du désarmement. Il a renforcé son action à Vienne et à La Haye, à l’Agence internationale de l’énergie atomique et à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, respectivement. La présence et l’influence des pays non alignés dans les débats essentiels pour le présent et l’avenir de nos peuples sont de plus en plus grandes.

6. La plupart des réunions de haut niveau inscrites au Plan d’action du Mouvement approuvé au Quatorzième Sommet qui se sont déroulées en 2007, 2008 et 2009 ont été couronnées de succès. Elles ont montré leur importance en tant qu’instances indispensables à l’approfondissement du débat et à la définition des lignes de conduite du Mouvement sur des questions essentielles relevant de sa compétence. Elles constituent, en outre, un moyen efficace de promouvoir la coopération et la solidarité Sud-Sud.

7. La Quinzième Conférence ministérielle du Mouvement, qui s’est tenue en République islamique d’Iran, en juillet 2008, a permis d’évaluer les résultats obtenus par notre Mouvement jusqu’à cette date mais aussi d’enrichir et de mettre à jour les positions adoptées au Quinzième Sommet de La Havane.

8. Durant cette période, le Groupe des pays non alignés au Conseil de sécurité est resté actif et a augmenté son niveau de coordination avec la présidence du Bureau de coordination et les autres pays non alignés. Un Groupe de pays non alignés à été créé et fonctionne efficacement à la Commission de consolidation de la paix.

Honorables délégués ;

Le but principal de cette Réunion ministérielle du Bureau de coordination est, conformément à la façon de procéder du Mouvement, de préparer la Quinzième Conférence au sommet qui se tiendra en Egypte du 11 au 16 juillet prochain. L’occasion est propice pour faire une évaluation critique et tournée vers l’action du travail du Mouvement pendant ces trois dernières années. Plus important encore: nous avons à définir les lignes directrices qui nous permettront de continuer à renforcer notre unité et à augmenter la portée de notre action sous la conduite de l’Egypte, pays dont nous reconnaissons l’engagement historique envers notre Mouvement.

Cette réunion se tient dans une conjoncture internationale particulièrement complexe, marquée par une crise économique mondiale qui a des répercussions dans tous les domaines intéressants le Mouvement et qui influe de manière importante sur la définition de nos priorités pour l’avenir immédiat. Un des principaux objectifs de cette Réunion est de parvenir à des accords sur lesquels nos dirigeants puissent s’appuyer pour chercher des solutions collectives, justes et durables à la crise économique et sociale qui touche le monde.

Cette crise sans précédent depuis près d’un siècle a pour cause directe l’injuste ordre économique international prédominant, le système financier international imposé à nos peuples et l’action incontrôlée du grand capital à partir des centres industrialisés de pouvoir. Elle a été aggravée par la crise alimentaire, l’instabilité des prix de l’énergie, la crise de l’environnement et les changements climatiques qui menacent aujourd’hui l’humanité.

Les pays en développement sont ceux qui porteront inévitablement la plus grande partie du poids de la crise. Leurs économies subissent déjà ses effets et leurs peuples voient de plus en plus s’éloigner la solution des graves problèmes sociaux qui les touchent.

Honorables délégués ;

Les représentants de haut niveau des Pays non alignés ont la responsabilité de poursuivre les négociations des documents qui seront soumis pour approbation aux ministres.

Il leur appartient de conclure les négociations sur le Document final, lesquelles ont beaucoup avancé en ce qui concerne la plus grande partie du texte depuis que le Bureau de coordination de New York a commencé, en mars dernier, son examen. Ce document a été négocié par les délégations et se trouve quasiment prêt à être adopté. Je vous demande de concentrer vos efforts sur les paragraphes encore en souffrance.

Le temps dont je dispose ne me suffirait pas pour énumérer toutes les questions que vous devrez aborder au cours des prochains jours. Je n’en mentionnerais donc que quelques-unes :

- Le Mouvement doit jouer un rôle central dans les relations internationales et dans le combat pour l’instauration d’un ordre économique mondial juste et équitable, dans lequel prime la solidarité et le traitement spécial et différencié pour les pays en développement.

- Le système financier international en vigueur est injuste et il s’est révélé incapable de prévoir et d’éviter la crise actuelle. Il est nécessaire de mettre en place une nouvelle structure financière internationale pour atteindre l’objectif de l’élimination de la pauvreté et mettre en oeuvre le droit au développement de nos peuples.

- Il appartient aux pays non alignés d’être à l’avant-garde du combat pour la défense des principes de souveraineté et d’égalité souveraine des Etats, d’intégrité territoriale et de non-intervention dans les affaires intérieures des autres Etats, et de libre détermination des peuples, en garantissant le droit inaliénable de chaque pays de décider de son système politique, social, économique et culturel, sans ingérence extérieure.

- Le recours à la force ou à la menace de la force dans les relations internationales, les actes d’agression ou la déstabilisation de gouvernements légitimes sont incompatibles avec le droit international. Il nous appartient de promouvoir des relations de solidarité et d’amitié entre les pays et d’assurer le règlement des différends internationaux par des moyens pacifiques.

- L’Organisation des Nations Unies doit être réformée et transformée en un véritable instrument de coopération et de paix efficace permettant d’atteindre les buts et principes consacrés par sa Charte. Son autorité et sa capacité de décision en matière économique, y compris dans les domaines de la finance et du commerce international, doivent être renforcées. L’ONU, avec sa composition quasiment universelle, est la tribune principale où doivent être analysé les problèmes mondiaux pressants auxquels doit faire face l’humanité.

- Le Conseil de sécurité doit être démocratisé et faire l’objet d’une réforme en profondeur qui passe par l’augmentation du nombre de ses membres afin de garantir la représentation équitable des pays du Sud. Il est nécessaire de garantir la transparence de ses débats et d’éliminer l’injuste privilège du veto.

- L’élimination totale des armes nucléaires doit demeurer une priorité pour notre gouvernement. Les négociations sur un instrument international juridiquement contraignant établissant des obligations en vue de l’accomplissement de cet objectif doivent débuter. La diplomatie multilatérale doit être préservée en tant que voie essentielle de progrès dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération. Les problèmes concernant la prolifération doivent être résolus par des moyens politiques ou diplomatiques et les mesures et initiatives s’y rapportant doivent être adoptées de conformité avec le droit international.

- Les causes justes de la Palestine et des autres peuples arabes soumis à l’occupation et à l’agression israélienne, la condamnation énergique des brutales actions militaires menées par la puissance occupante contre la population palestinienne, en particulier dans la Bande de Gaza, le rejet des châtiments collectifs et des autres violations graves des droits de l’homme et du droit international par Israël réclament en priorité notre action et notre entière solidarité.

- Les conflits régionaux doivent continuer à faire l’objet de l’attention du Mouvement. Certains de ses membres sont impliqués directement dans plusieurs d’entre eux. Leurs causes sont diverses mais ils ont principalement pour origine le colonialisme et les siècles de pillage de nos richesses au profit des ex-métropoles coloniales et des puissances impérialistes. Ce ne sont ni les sanctions ni les armes, mais bien la solidarité et la coopération pour le développement qui permettront de dépasser ces causes structurelles. Les peuples touchés ou directement concernés ont le droit de résoudre ces problèmes par des moyens pacifiques et sans ingérence étrangère.

- Le combat contre le terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations demeurera une priorité du Mouvement. Le recours à la politique de “deux poids deux mesures” et la manipulation politique dont fait l’objet cette question à l’échelle internationale doivent cesser. Les Nations Unies doivent jouer un rôle central dans la concertation et la coordination des actions en vue de combattre ce fléau.

Honorables délégués ;

Je vous remercie tous de contribuer par vos propositions et initiatives au renforcement de notre Mouvement et à la construction d’un avenir meilleur pour nos peuples.

Les objectifs que nous nous sommes fixés ne sont pas faciles à atteindre mais la fin du colonialisme, l’indépendance de nos peuples ou la disparition de l’apartheid ont aussi pu paraître autrefois des utopies. Le Mouvement a joué un rôle important dans la réalisation de nos rêves, c’est ce rôle-là qu’il nous appartient de jouer aujourd’hui.

Pour relever avec succès les immenses défis qui nous attendent, il est indispensable que nos 118 pays restent unis dans l’action. Le Mouvement des pays non alignés pourra toujours compter sur Cuba dans son combat pour atteindre ses nobles objectifs.

Merci beaucoup.

 

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