
INTERVENTION DE M. BRUNO RODRIGUEZ PARRILLA, MINISTRE DES RELATION EXTÉRIEURES DE LA RÉPUBLIQUE DE CUBA, À LA REUNION MINISTÉRIELLE DU COMITÉ SUR LA PALESTINE DU MOUVEMENT DES PAYS NON ALIGNÉS, LE 29 AVRIL 2009
Messieurs les ministres
Je vous remercie d’assister à cette importante réunion ministérielle du Comité sur la Palestine et du Groupe des pays non alignés au Conseil de sécurité des Nations unies, et de participer activement à nos débats.
C’est un honneur pour Cuba de présider les travaux de ce Comité et d’impulser les actions des pays non alignés sur un point de toute première priorité pour notre Mouvement. Qu’il suffise de signaler que, rien que ces trois dernières années, le Bureau de coordination du Mouvement a adopté quatorze déclarations sur la situation dans le Territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est, et sur d’autres questions en rapport avec la Palestine.
Depuis la création de ce Comité au Huitième Sommet du Mouvement à New-Delhi (Inde) en 1983, nous avons eu de nombreuses réunions de haut niveau et nous avons toujours travaillé fidèles à notre mandat : appuyer les revendications légitimes du peuple palestinien et la jouissance de ses droits inaliénables en tant que conditions sine qua non de l’instauration d’une paix juste et durable au Moyen-Orient.
Notre responsabilité est toujours aussi grande. Israël, la puissance occupante, continue de violer gravement les droits les plus élémentaires du peuple palestinien, soumettant tout un peuple à la menace permanente, à des punitions collectives systématiques, à des instruments de guerre parmi les plus perfectionnés, lui refusant le plus sacré des droits : l’autodétermination.
La recherche d’un règlement pacifique, juste et durable du conflit israélo-palestinien et la défense du droit du peuple palestinien à exercer sa souveraineté sur un État indépendant, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capital, ont toujours constitué une priorité historique pour le Mouvement des pays non alignés.
La solidarité et le soutien des pays non alignés à la cause du peuple palestinien sont inconditionnels et reposent sur de solides principes du droit international, de la Charte des Nations Unies et du Mouvement même.
Tout en rejetant une fois de plus l’occupation illégale de la Palestine et d’autres territoires arabes, nous condamnons les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire perpétrées par Israël.
Ignorant les résolutions successives par lesquelles l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité des Nations Unies exigent qu’elle se retire de Palestine et des autres territoires arabes occupés, la puissance occupante prétend pérenniser le statu quo, au déni flagrant de la volonté majoritaire de la communauté internationale.
Israël peut, pour agir de la sorte, compter sur l’impunité que lui garantissent l’appui et la protection du gouvernement des États-Unis au Conseil de sécurité et dans d’autres instances internationales. La superpuissance a interdit au Conseil de sécurité d’exercer ses responsabilités de garant de la paix et la sécurité internationales. Ses dizaines de vetos et ses menaces d’y recourir à nouveau pour défendre les actions criminelles commises par Israël constituent une complicité inacceptable.
Nous en avons eu récemment un exemple clair : le Conseil de sécurité, après avoir adopté la résolution 1860, qui demandait le cessez-le-feu à Gaza, n’a pu agir à cause de l’inaction délibérée de l’administration étasunienne et de certains de ses plus proches alliés.
Messieurs les ministres,
La grave dégradation de la situation provoquée par l’occupant israélien en Palestine, après l’agression déclenchée le 27 décembre 2008 contre la population de la Bande de Gaza et la fermeture des postes frontaliers, continue de préoccuper gravement le Mouvement des pays non alignés. Les conditions politiques, économiques, sociales, humanitaires et sécuritaires dans le Territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est, déjà difficiles en soi, sont devenues encore plus critiques.
Le Mouvement des pays non alignés a condamné énergiquement et immédiatement la brutale agression militaire d’Israël contre la population civile palestinienne de la Bande de Gaza, qui a causé la mort de 1 400 personnes, dont des centaines de femmes et d’enfants, et des blessures à plus de 5 500, ainsi que le déplacement massif de ses habitants. Des milliers de familles palestiniennes sont restés sans toit. Les dommages humains causés par l’agresseur sont irréparables.
La solidarité énergique et résolue du Mouvement des pays non alignés au Conseil de sécurité s’est fait sentir aussitôt. Nous avons exigé la fin des crimes brutaux d’Israël, des souffrances du peuple palestinien et de la destruction de son patrimoine.
Nous réclamons une fois de plus l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, dont des garanties d’une paix juste et durable.
Le Mouvement a émis des déclarations dans lesquelles il a condamné résolument l’agression israélienne contre la Bande de Gaza aux sièges de New York, de Genève et de l’Unesco. Grâce à l’action du Mouvement, œuvrant de concert avec des organisations comme la Ligue des États arabes et l’Organisation de la Conférence islamique, il a été possible de convoquer à Genève, le 12 janvier 2009, une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme qui a adopté une résolution dans laquelle il condamnait les graves violations commises par Israël et exigeait l’exercice de la justice au profit du peuple palestinien. Notre action a aussi été décisive dans la reprise de la Dixième Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies, les 15 et 16 janvier.
Le Mouvement a réaffirmé que la communauté internationale se devait de redoubler d’efforts et de les coordonner pour soutenir et promouvoir le processus de paix, ainsi que garantir le respect du droit international, dont le droit international humanitaire, et des droits de l’homme.
Messieurs les ministres,
Environ 4 600 000 réfugiés palestiniens vivent dispersés dans tout le Moyen-Orient. Par suite de l’occupation par Israël du territoire palestinien, de ses politiques illégales d’établissements juifs dans les territoires occupés et de ses constantes agressions militaires, des dizaines de milliers de familles palestiniennes ont perdu leurs foyers, leurs terres et leurs moyens d’existence. L’occupant s’en prend aux affaires et à l’infrastructure civile, dont les systèmes d’approvisionnement en eau, les services sanitaires et les systèmes électriques. Des hôpitaux et des ambulances, des mosquées, des institutions publiques, dont des écoles, ont été sévèrement endommagés. Les fermes et les cultures sont soumises à des destructions permanentes. Jusqu’aux installations des Nations Unies, dont plusieurs écoles à leur charge où les familles palestiniennes terrorisées avaient cherché refuge, n’on pas échappé à la brutalité criminelle d’Israël.
Le Mouvement exige de nouveau la levée du blocus inhumain et illégal et la fin des accès à la Bande de Gaza, car Israël nie ainsi la liberté de déplacement à la population civile palestinienne, y compris à des malades, à des étudiants et aux personnels humanitaires, interdit l’arrivée de l’aide humanitaire et de produits de première nécessité, tels que les aliments, les médicaments, le carburant, l’électricité et les matériaux de construction, et interdit aux habitants de Gaza d’avoir aucun rapport ou échange économique et commercial avec l’extérieur et avec la population palestinienne de Cisjordanie.
Le Mouvement refuse à nouveau l’intensification par Israël de sa politique de colonies de peuplement juives dans les territoires occupés, dont la confiscation de nouvelles terres au peuple palestinien, la construction et l’expansion du Mur de la honte, la démolition de maisons, les excavations et les restrictions arbitraires et racistes à la liberté de résidence et de mouvement par un régime d’autorisations et l’installation de centaines de postes de contrôle sur tout le territoire palestinien occupé, notamment dans Jérusalem-Est occupé et alentours. Ces politiques et ces mesures constituent de graves violations du droit international et un défi flagrant aux résolutions des Nations Unies et à l’avis consultatif de la Cour internationale de justice du 9 juillet 2004.
Le Mouvement condamne la nouvelle politique de déplacements massifs à Jérusalem-Est par laquelle l’occupant tente de modifier artificiellement la composition démographique de cette ville et de créer ainsi les conditions requises pour l’empêcher de devenir la capitale d’un nouvel État palestinien souverain.
La communauté internationale ne saurait rester passive et muette face aux abus et aux violations qu’Israël commet impunément contre le peuple palestinien. Le Mouvement des pays non alignés a exigé que le Conseil de sécurité, dans l’exercice de ses responsabilités, fasse en sorte qu’une enquête approfondie soit menée à bien sur les crimes et les violations commis par Israël dans la Bande de Gaza et que des efforts de suivi sérieux soient déployés pour que les auteurs de ces crimes en répondent.
Nous devons maintenant entreprendre une tâche non moins difficile : faire en sorte que les rapports des diverses missions d’enquête soit déjà conclues soit en cours soient rendues publiques et soient connues par la communauté des nations. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons continuer de lutter contre l’impunité et exiger que soient prises les mesures requises contre une pareille barbarie.
Cuba et le Mouvement des pays non alignés réaffirment leur solidarité invariable avec les justes causes arabes et, en particulier, leur soutien résolu à la lutte héroïque du peuple palestinien pour exercer son droit inaliénable à l’autodétermination et à la création de son État souverain et indépendant, avec Jérusalem-Est pour capitale, ainsi qu’au droit des peuples arabes à la rétrocession inconditionnelle de tous les territoires arabes occupés par Israël depuis juin 1967, en tant que conditions sine qua non d’une paix juste et durable au Moyen-Orient. Ces réclamations et ces priorités sont et resteront constantes dans l’action de notre Mouvement tant que ces objectifs ne seront pas atteints.
Je vous invite à renouveler notre engagement inébranlable en faveur de la juste cause du peuple palestinien et de nos frères arabes en général, et à continuer de mener des actions qui impulsent et rendent plus efficace notre solidarité avec la Palestine.
Je vous remercie.