Qui est-ce Yoani Sánchez?
Paru le 30 janvier 2012 dans Manipulation et mensonges médiatiques, Médias, Nouvelles
Sous le titre «Yoani Sánchez : Bloggeuse ou mercenaire ?», le journaliste brésilien Altamiro Borges a publié une caractérisation de la multi-gagnante bloggeuse qui vient s’ajouter à l’information récemment diffusée par plusieurs espaces alternatifs du Brésil sur ce personnage médiatique.
Pour compléter le travail d’Altamiro, président du Centre d’Études des Médias Alternatifs Barão de Itararé dans la ville de Sao Paulo et auteur, entre autres titres, du livre A ditadura da mídia, et celui d’autres journalistes brésiliens, La pupila insomne (La pupille insomniaque) a élaboré ce dossier.
1. Employée de la Section d’Intérêts Nord-Américains (SINA) :
- Yoani Sánchez (YS) se réunit fréquemment et reçoit des instructions de la part de la Section d’Intérêts des USA (SINA) à la Havane.
En plus des photographies et des vidéos documentées par la presse cubaine, Wikileaks a publié plusieurs câbles qui rapportent, depuis 2008, des réunions de YS avec des fonctionnaires de la SINA à la Havane.
Au moins, 11 câbles non censurés et émis depuis le Bureau de Washington à Cuba, font référence à des réunions avec la bloggeuse et à des échanges d’information entre elle-même et les diplomates de cette ambassade. [1]
- La SINA a conspiré avec YS et a exécuté la fraude de la fausse interview à Barack Obama.
Selon le câble de la SINA daté du 28 août 2009, les réponses de l’«interview» médiatisée ont été rédigées par des fonctionnaires du Bureau d’Intérêts des États-Unis. Quatre mois plus tard, le texte a retourné au siège diplomatique, envoyé par la Maison Blanche, avec un pourcentage élevé de coïncidences entre la réponse et la version originale, comportant quasi exactement la même introduction où Obama féliciterait Sánchez pour avoir obtenu le prix María Moors Cabot, de l’Université de Columbia.
Le câble du 28 août incluait également les questions que la «journaliste» s’apprêtait à envoyer au président cubain Raúl Castro – quelque chose qu’elle n’avait pas encore faite à ce moment-la. [2]
- La diplomatie états-unienne promeut et dirige la bloggeuse Yoani Sánchez comme une alternative crédible à la dissidence traditionnelle.
Le Chef de la SINA à la Havane, Jonathan Farrar, a écrit au Département d’État le 9 avril 2009 et Wikileaks l’a révélé : «Nous pensons que la jeune génération de dissidents non traditionnels, tels que Yoani Sánchez, peut jouer un rôle à long terme dans une Cuba post-Castro». Dans cette dépêche, Farrar conseille ainsi au Département d’État de concentrer ses efforts sur cette dissidente et de lui apporter davantage de soutien. [3]
- Le discours de YS est aligné avec la politique de Washington envers Cuba, et elle a ouvertement admis cette subordination :
« Les États-Unis souhaitent un changement de gouvernement à Cuba, et c’est ce que je souhaite également.» (Déclarations à Salim Lamrani, publiées dans Rebelión à partir du 15 avril 2010, en deux parties. Il est possible aussi d’accéder à des fragments de l’enregistrement de l’interview)
- Sa figure est constamment surdimensionnée par le Département d’État, une institution qui alloue 20 millions de dollars par an à la subversion à Cuba et privilégie dans ce fonds l’usage de nouvelles technologies et la création de leaders dans les réseaux sociaux.
La Secrétaire d’État s’est directement référée à YS au moins, dans un discours toutes les années, depuis 2009 jusqu’à 2011. Le 9 novembre 2009, son bureau a fait une déclaration suite à un faux «assaut» contre des bloggeurs cubains. Le 3 mai 2010, Clinton a fait l’éloge d’elle durant l’hommage pour la Journée de la liberté de presse, et en mars 2011, lui a rendu hommage lors du 2011 International Women of Courage Awards.
Cependant, aucun parmi les journalistes et les bloggeurs recensés au Baromètre 2012 de Reporters sans Frontières n’est Cubain :
BAROMÈTRE 2012 |
|
2 |
journalistes tués |
0 |
collaborateurs tués |
170 |
journalistes emprisonnés |
9 |
collaborateurs emprisonnés |
126 |
cyberdissidents emprisonnés |
Le Baromètre de Reporters sans Frontières recense «les attaques physiques, les assassinats et les incarcérations de journalistes, comme des attentats contre les bureaux des médias de communication, les mécanismes de censure et la saisie de journaux», d’après l’organisation internationale ayant son siège central à Paris et qui n’a pas été historiquement complaisante à l’égard de Cuba.
Le Baromètre 2012 de RSF, qui est mis à jour chaque année, identifie 306 journalistes et cyberdissidents tués et emprisonnés, auxquels le Département d’État n’a pas accordé la moindre attention. En réalité, aucune de ces personnes n’est mentionnée sur le site officiel www.state.gov, mais quiconque recherche dans cette page le nom «Yoani Sánchez» trouvera 11 rapports et déclarations listés depuis 2008 jusqu’à ce jour, qui ont été émis par cette institution [4].
2. Fausse leader :
- Selon une enquête réalisée par la SINA et dévoilée par Wikileaks, YS est connue seulement du 2% des enquêtés. L’«opposant» le plus connu dans l’Île est Luis Posada Carriles, d’après le sondage [5].
- Le blog Generación Y (Génération Y), principal moyen d’expression de la bloggeuse, n’a aucun impact sur l’audience cubaine.
Le blog n’est pas interdit à Cuba, et cependant, le trafic depuis l’Île est insignifiant, selon des mesureurs spécialisés de la web comme Alexa.com. Notez d’où provient l’accès au blog (le rank est la place qui occupe dans chaque pays, conformément au trafic des usagers locaux) :
Pays qui accèdent le plus au blog Generación Y, selon Alexa.com
- Son blog n’est pas un point de repère international pour consulter des sujets relatifs à Cuba, malgré les énormes ressources techniques, l’appareil publicitaire mis à sa disposition et les versions en 21 langues de ce blog.
Voici une comparaison du trafic, selon Alexa.com, entre le blog Generación Y, Cubadebate et Juventud Rebelde, les journaux les plus visités dans l’Île. Generación Y est en bleu :

Une autre comparaison : selon Alexa, le blog occupe la place 99,444 sur l’échelle mondiale. Alexa est le système le plus professionnel sur Internet pour connaître le ranking de la web et enregistre le comportement du trafic de plus de 5 millions de sites mis à l’index par Google. Il évalue le domaine primaire, dans ce cas desdecuba.com.
Pour avoir une idée de ce qui signifie le numéro 99 444 : le site web du journal O Povo, de Fortaleza, occupe la place 14 043. La distance entre l’un et l’autre est abyssale, non seulement par rapport à la place sur la web, mais en raison des ressources qu’ils reçoivent [6].
3.- Fausse experte et fausse libertaire
- Son ignorance de l’histoire et de la réalité cubaine est proverbiale.
Son cyberbestiaire est vaste. Nous reproduisons quelques phrases de l’interview accordée à Salim Lamrani :
À propos de ces confessions de YS à Lamrani, Ignacio Echeverría, l’un des principaux critiques littéraires de l’Espagne et exécuteur testamentaire de l’écrivain chilien Roberto Bolaño, a écrit dans le journal Público:
(une journaliste) grossièrement incohérente, incapable de résister à l'avalanche brutale des questions difficiles et d'accusations plus ou moins voilée qui fait Lamrani. Le document, en totalité, est surprenant et aussi gênant qu’instructif, puisqu’il en résulte dévastateur le mélange de naïveté et d’indigence intellectuelle manifesté par Yoani Sánchez, sa faiblesse idéologique et sa propre vulnérabilité.
- Son faible leadership est aussi dû à son mépris pour le peuple de Cuba.
Dans un entretien concédé à El Nuevo Día, de Porto Rico, elle a exprimé: « Un 80% (du peuple cubain) se déplace selon la direction du vent parce que l’opportunisme a percé très profond dans le pays. [7]
4.- Menteuse compulsive
- Elle a menti quand elle a dénoncé devant la presse internationale qu’elle avait été frappée par la police à La Havane.
Des médias du monde entier ont annoncé que le 6 novembre 2009 elle avait été arrêtée en compagnie de trois amis par « trois robustes inconnus » pendant une « après–midi pleine de coups, de cris et d’insultes ». Le 8 novembre elle a accueilli des journalistes chez elle pour montrer les traces d’une supposée volée, dont elle n’avait parlé que 48 heures après.
Selon ceux qui ont déclaré cette rencontre au domicile de la bloggeuse, YS a dit avoir reçu « des coups et des bourrades», «des coups sur les jointures », une nouvelle « bordée de coups », le « genou sur [sa] poitrine », des coups « sur les reins et [...] la tête », « les cheveux » tirés, le «visage rougi par la pression et le corps endolori», « les coups [qui] continuaient» et «tous ces bleus». Cependant, le correspondant de la BBC à La Havane, Fernando Ravsberg a déclaré que Sanchez « n'a pas de bleus, de marques ou de cicatrices».[8]
Le journal La República, d’Espagne, a publié une vidéo avec des témoignages des médecins qui se sont occupée d’elle un jour après sa supposée volée, lorsqu’elle s’est présentée pour exiger un document certifiant qu’elle avait été victime de violence. Les trois spécialistes qui l’ont assistée ont rapporté que YS n’avait pas le moindre signe de violence, même si 24 heures avaient passé de la présumée volée et elle est d’un teint très blanc, une peau qui a mal à cacher des marques et des bleus causés par une agression violente.
Ci-dessous on peut regarder le témoignage des médecins en Youtube :
- Elle a menti en affirmant qu’elle avait interviewé Barack Obama et elle a évidemment caché la voie à travers laquelle elle lui a envoyé le questionnaire.
- Elle ment toujours en affirmant qu’elle n’a pas d’accès à l’Internet.
Elle a écrit un livre sur l'utilisation de l'outil WordPress pour la génération de blogs, ce qui est impossible de concevoir off line, sauf si une autre personne avec navigation fluide au réseau de réseaux l'eut écrit. Le livre, WordPress: un blog pour parler au monde, s’est présenté comme « un guide pour utiliser ce puissant outil de communication» sur l’Internet.
C'est probablement la twiteuse et bloggeuse la plus active à Cuba, selon les post et les messages qu’elle envoie quotidiennement. Elle a ouvert son blog en février 2007 et son compte Twitter à la fin de 2008, et les deux espaces conservent une activité complète. Dans le réseau de microblogging ses envois se sont presque doublé en 2011 par rapport au 2010, comme en témoignent les statistiques sur les performances historiques de son compte @ yoanisanchez.
Selon TweetStats, elle écrit une moyenne de 9,3 tweets par jour. En 2011 elle entretenait une moyenne de 400 tweets par mois:
Registres historiques de l’usage de Twitter par @ yoanisanchez, selon Tweetstats.com
Elle utilise des plates-formes et des applications pour envoyer Twitter, et fréquemment elle met des vidéos et des photographies sur les réseaux sociaux et sur son propre blog. Pour cela elle a besoin de navigation sur Internet ou d’un téléphone avec service du roaming international avec navigation web. Cette graphique montrant les applications utilisées par YS pour accéder à Twitter met en évidence qu’elle emploie diverses plates-formes et pas seulement la ligne téléphonique :
Plates-formes utilisées par Yoani Sánchez pour accéder à Twitter, selon TweetStats.com
L’interface la plus utilisée par YS pour envoyer des messages à Twitter est ping.fm. Cette application publie simultanément un commentaire sur plusieurs réseaux sociaux, si l’utilisateur le configure préalablement pour le faire. On peut accéder d’un portable, mais celui-ci doit avoir le service de navigation.
- Elle ment quand elle se présente comme victime.
Son état naturel est la complainte. Outre les exemples ci-dessus, on pourrait ajouter ses demandes constantes pour recharger son portable ou ses descriptions des problèmes de la vie quotidienne à Cuba, dont elle souffre également, selon elle. Mais ses sources de revenus publics disent autrement. Les prix et les publications de livres l’ont généré des revenus supérieurs à 200 000 dollars dans les trois dernières années, lui permettant de payer sans aucun problème des luxes auxquels n'a pas d’accès le 99 pour cent de la population cubaine et latino-américaine, et aussi ses hautes dépenses de messagerie, d’appels téléphoniques et de services d’Internet.
Seulement en envoyant des SMS (messages courts à partir du portable) à Twitter de Cuba, YS dépense une moyenne de 400 CUC (monnaie équivalente au dollar) par mois, ce qui coûte les tweets qu’elle envoie dans cette période à travers la messagerie par portable. Le coût de chaque envoi est de 1 CUC.
- Elle ment sur les statistiques de son blog.
Dans l'interview avec Salim Lanrani citée ci-dessus, elle dit: « Mon blog a 10 millions de visites par mois. Il s'agit d'un cyclone. »
Ce qu'elle a répété dans d'autres interviews. La donnée est fausse. Nielsen, la firme la plus prestigieuse de registre statistique de l'audience aux Etats-Unis, a enregistré le trafic des principaux médias américains sur Internet en Mars 2009. Seulement USAToday, CBS News, Washington Post et BBC avaient un trafic de près de dix millions d'utilisateurs par mois [10], et tous se situent au-dessous le poste 400 au niveau mondial, selon Alexa. Il est donc impossible que la génération Y ait un trafic de 10 millions d'utilisateurs par mois ayant la place 99 444.
Statistiques offertes par Nielsen’s online audience
Et un renseignement supplémentaire. Lorsqu’elle a parlé avec Salim Lamrani en avril 2010, le journal digital cubain Cubadebate a publié un graphique où l’on démentait la donnée offerte par la bloggeuse relative au trafic en Génération Y. À ce moment, son blog était à la place 73 236 et, il est a présent dans la place 99 444. Le trafic est tombé. C’est à dire, le mensonge est encore plus évident :
Cependant, un site renommé internationalement par des méditions de trafic tel que Alexa.com d’Amazon et sans aucune partialité en faveur des moyens alternatifs de Cuba, Venezuela et Espagne, ne dit pas la même chose. Une simple comparaison du blog de YS (ligne en bleu) avec d’autres moyens, confirme que Generation Y, a beaucoup moins de trafic que les web de comparaison, lesquels ont déclare publiquement avoir un trafic au dessous de 10 millions d’accès par mois. Est-ce que Génération Y modifie ses statistiques ? Semblerait-il qu’oui. Un autre exemple, le site web de plus grand trafic aux Etats Unis et l’un à avoir le plus grand trafic au monde, The New York Times, informe 17 millions d’entrées par mois.
Graphique publié par Cubadebate en avril 2010
- Elle ment à ses sources et elle les manipule
En février 2009, elle a utilisé l’église Santa Teresita del Niño Jesus, à Santiago de Cuba aux fins de prosélytisme politique. À la fin de la messe, elle s’est réunie dans un bureau situé à l’intérieur de la maison du prêtre avec des jeunes paroissiens et quelques « touristes » polonais pour « causer » sur les possibilités de l’Internet dans les actions contre le gouvernement cubain. Dans ce vidéo, les jeunes participants à la réunion, ont exprimé leur étonnement face à cet inattendu débat politique dans l’église :
En octobre 2009 elle a interviewé un groupe d’enfants du village de Taguayabón, à Camajuani, dans la province de Villa Clara et a publié un post de son blog où elle les présentait comme des exemples de l’expression critique à l’égard du gouvernement cubain, tant des enfants que des adolescents. Leurs parents se sont présentés devant les autorités pour dénoncer cette manipulation. Les jeunes eux-mêmes, ont offert leur témoignage sur ce qui s’est passé en réalité. Ce vidéo est accessible sur Daily Motion :
http://www.dailymotion.com/videoxawnfc
- Elle fausse délibérément la réalité cubaine, par une vision apocalyptique que la presse internationale ne compare jamais avec d’autres sources.
C’est également une autre raison pour laquelle, elle n’est pas crédible pour l’audience cubaine qui vit entourée des problèmes, mais qui ne se reconnait pas dans ce discours :
Cuba est « une immense prison avec des murs idéologiques », « un bateau qui est au point du naufrage ». Un lieu où des « Êtres des ombres qui, comme des vampires se nourrissent de notre joie humaine, nous inoculent la crainte par le coup, la menace, le chantage » (Dans le blog Generation Y, du 18, 2 et 12 novembre 2009, respectivement)
Une île, ave des « gens attendant avec le bois ou le rasoir sous le lit pour les utiliser un jour. Des haines enkystées contre celui qui les a dénoncés, qui les a empêchés d’avoir un meilleur emploi ou qu’a provoqué que leur fils cadet n’ait pas pu étudier à l’université. Il y en a tant à l’attente d’un possible chaos qui leur donne le temps nécessaire pour la vengeance, qui aimeraient n’être pas nés dans cette époque où l’on ne peut qu’être victime ou victimaire, où pas mal des gens souhaitent la nuit des longs couteaux » (Dans le blog Génération Y, du 25 avril 2009)
Notes
[1] Voir en http://cablesearch.org/
(2) Voir :
[3] Jonathan D. Farrar, «The U.S. and the Role of the Opposition in Cuba», United States Interests Section, 9 avril 2009, câble 09HAVANA221.http://213.251.145.96/cable/2009/04/09HAVANA221.html
[4] http://search.state.gov/search (Mettez les mots “yoani sánchez” dans la grille Recherche)
(5) Câble émis le 9 juin 2008 par le SINA au Département et diffusé par Wikileads. Accessible à http http://wikileaks.org/cable/2008/07/08HAVANA542.html
(6) Ces statistiques sont lisibles sur http://www.alexa.com/siteinfo/desdecuba.com#
(7) Voir interview à http://www.elnuevodia.com/cubalasultimasimagenesdelnaufragio…-1069420.html
(8) Voir article à http://www.bbc.co.uk/mundo/america_latina/2009/11/091109_2218_cuba_yoani_rb.shtml
(9) Ces données sont publiques et disponibles à http://tweetstats.com/status/yoanisanchez
[10] http://blog.nielsen.com/nielsenwire/online_mobile/msnbc-and-cnn-top-global-news-sites-in-march/